Publié dans Questions existentielles

Service presse or not service presse : pourquoi j’ai arrêté d’en demander.

Quand j’étais chroniqueuse pour French-Steampunk.fr ou Portdragon.fr, il m’est arrivé de recevoir ce qu’on appelle des Services Presse, autrement dit, des livres gratuits envoyés par des maisons d’édition soucieuses d’assurer leur promotion auprès des lecteurs. Depuis que j’ai commencé Les tribulations de Miss Chatterton, j’ai arrêté d’en demander. En voici les raisons…

Un service presse peut être une contrainte

Entre le moment où vous recevez le livre et le moment où vous publiez votre avis dessus, il faut maximum un mois.

Pourquoi un mois ? Parce que chaque jour, d’autres livres sortent en librairie, faisant oublier ceux de la veille. Le seul moyen pour un éditeur de mettre en avant sa publication est d’avoir pas mal de critiques dessus sitôt le livre en rayon. Sinon, pour lui, cela n’en vaut pas la peine.

Or, même s’il m’arrive de dévorer du livre pendant la semaine et pire, pendant mes vacances, je suis plutôt lente à l’écriture. J’aime réfléchir à ma lecture, livrer l’essence du livre, ma compréhension de l’histoire, mon interprétation, créer des liens avec d’autres lectures… et cela prend du temps.

Un mois, c’est tenable, mais peut-être que je n’aurai pas envie de lire le service presse au moment où je le reçois, parce qu’un autre roman m’attire.

La lecture et l’écriture pour ce blog restent un plaisir, et m’imposer des « devoirs » ne m’intéresse pas.

Alors, certes cela ne fait pas de moi une blogueuse tendance qui propose des livres récents toutes les semaines, mais cela m’est égal. Mon but est de vous faire part de mes découvertes, pas de suivre les dernières parutions littéraires.

Une forme de travail déguisée 

J’esquisse ici une théorie selon laquelle les blogueurs assument le rôle de commerciaux littéraires… rémunérés en livres par les éditeurs. (oui, je cherche à le faire taper sur les doigts).

Il est difficile pour certaines maisons d’édition de réaliser de la publicité autour de leurs dernières sorties, ou de posséder un budget suffisant pour le faire. Les blogueurs littéraires et autres booktubeurs apparaissent souvent comme un bon moyen pour réaliser cette publicité sans que cela leur coûte beaucoup.

Un livre gratuit, ce n’est parfois pas cher payé en échange de visibilité.

J’ai souvenir d’un concours des éditions Bragelonne une année, pour devenir « ambassadeur Bragelonne ». En gros, le gagnant avait accès pendant an a des livres gratuits, des rencontres avec des auteurs de la maison d’édition en vue d’interviews, et surtout la possibilité de voir ses avis de lecture mis en avant. J’appelle cela un stage non rémunéré déguisé.

Alors, certes dans le service presse, l’avis du blogueur lui apporte autant que à l’éditeur au niveau visibilité : en plus de gagner un livre gratuit, il accède à un livre récent, et parfois il est le premier à en parler. Et toutes les maisons d’édition ne sont pas des monstres, elles sont là pour vendre, c’est tout.

Je soulève juste l’idée qu’il s’agit d’une forme de travail, même si cela relève du hobby, que d’écrire des avis sur des livres, surtout s’ils sont lus et influent sur l’achat d’un ouvrage. Rappelons que le métier de critique littéraire existe encore.

J’ai les moyens de me payer des livres

J’ai parlé à plusieurs reprises du coût des livres et de ma radinerie.  Mais je tiens à préciser que j’ai les moyens, en tant qu’adulte disposant d’un salaire, d’acheter mes livres.

Et de choisir ceux dont je vais parler, en sortant du panel des services presse auquel je pourrais avoir accès.

Par ailleurs, quand j’étais bibliothécaire, j’avais le gros avantage d’avoir à ma disposition plus de livres qu’un lecteur lambda. Donc, pourquoi se cantonner seulement aux services presse?

J’ai envie de rémunérer les auteurs

La culpabilité de posséder un livre qui n’a pas été payé me donne presque envie de le rendre à l’auteur quand je vais à un salon. (si, si, j’y pense encore quand je vais aux Imaginales).

Déjà qu’ils ne gagnent qu’entre 6% et 14% du prix TTC d’un livre, si en plus ils donnent leur oeuvre gratuitement en échange de pub, je trouve ça exagéré.

En général, je donne mon service presse à la bibliothèque. La bibliothèque est censée reverser une sorte de taxe en lien avec ses droits de prêts, à une caisse des auteurs, pour les livres qu’elle achète tous les ans. Les données sont croisées avec celles des libraires à qui elle commande ses livres. L’Etat reverse aussi un montant lié aux inscrits en bibliothèque toujours en lien avec cette caisses des auteurs. (Je mets l’explicatif barbant ici, si cela vous intéresse).

Alors, techniquement mon service presse n’est pas acheté par la bibliothèque, mais j’ai bon espoir, quand c’est une série, que la suite soit demandée par un lecteur, et qu’elle soit achetée. Et puis, les collègues ne crachent pas sur des livres récents et neufs en littérature de l’imaginaire. Cette dernière est très peu développée en bibliothèque parfois par manque de professionnels connaisseurs ou tout simplement motivés, ou ce n’est pas une priorité budgétaire. Alors, si je peux aider à rafraîchir une collection de SF ou Fantasy vieillissante et faire venir des lecteurs, pour moi c’est bingo !

Le danger du côté gratuit

Quand tous les mois, on vous envoie un email pour vous indiquer les livres à paraître, vous êtes forcément tenté, comme dans toute bonne société de consommation, de prendre ce qu’on vous propose.

Quitte à avoir les yeux plus gros que le ventre et ne pas pouvoir tenir vos délais de publication et de lecture.

Cela m’est arrivé une seule fois, avec L’échiquier de Jade d’Alex Evans. J’en ai honte, mais cela fait au moins un an que je l’ai reçu pour le site Portdragon.fr, et je l’ai chroniqué seulement il y a deux semaines. Pire ! Trois mois en amont, j’avais donné mon avis sur le livre suivant de cet auteur, paru en 2019 (la méga honte !). Bref, je me suis dit que ce n’était pas correct du tout envers l’éditeur d’avoir reçu le livre gratuitement, donc, malgré le retard, j’ai fait le boulot.

Les éditeurs qui finalement ne publient pas ta critique

Cest rare, mais il arrive que je rédige un avis sur un livre qui n’est pas republié ensuite par l’éditeur à l’origine du service presse. Jusqu’à présent, j’ai mis cela sur le compte de mon faible niveau d’écriture et cela m’a poussé à progresser.

Après, tout éditeur a le droit de publier ou non ce que je propose.

Je ne lui en tient pas rigueur vu qu’il m’envoie un livre gratuit (faut pas exagérer ! ), mais cela peut faire mal au coeur pour un blogueur espérant une retombée positive sur ses statistiques de fréquentation de blog.

La pression sous-jacente pour réaliser une critique positive

Je n’aime pas critiquer négativement un auteur juste pour le plaisir de d’indiquer que son livre est nul. D’une part c’est mon avis personnel…et subjectif.

D’autre part, j’estime qu’il y a toujours quelque chose de positif à dire sur un livre, même s’il ne m’a pas plu.

Par ailleurs, s’il est publié, c’est qu’un éditeur a dû déceler son potentiel.

 Donc, j’ai pour principe, si je ne trouve pas un livre très bon, soit de ne PAS en parler, soit de relever quand même les quelques qualités que j’ai pu lui trouver dans mon avis. Mais dans tous les cas, je reste honnête quoi qu’il arrive.

Parfois, je ne trouve pas de choses positives à dire, car le livre fait écho à mon vécu ou à une autre lecture.  Le premier roman ne sera pas à la hauteur du second ou il lui ressemblera trop.

Pour revenir au service presse, même si cela n’est pas formulé de manière explicite, l’éditeur espère toujours une critique positive. Je préfère éviter l’embarras de cette situation ou de trop édulcorer mon avis par souci de plaire. Je ne veux pas faire de fausse publicité.

J’aime choisir les maisons d’édition dont je parle

Vous avez peut-être dû le constater, mais je suis très fan de deux maisons d’édition de l’imaginaire : Les éditions du Chat Noir et Les éditions ActuSF.

Cela est dû au fait que j’apprécie leurs publications et que j’aime promouvoir des petites structures. Les importants éditeurs ont déjà bien assez de ventes comme ça et les moyens de se faire de la publicité. C’est un parti pris de ma part, et j’espère continuer à le faire avec d’autres maisons d’éditions.

Je ne reçois rien en échange, si ce n’est des commentaires des auteurs sur mes publications qui me font bien plaisir.

Admettons que vous recevez une proposition de service presse sur un livre qui ne vous intéresse pas ? Allez-vous l’accepter quand même ? Moi non, je préfère éviter le malaise.

Pour conclure sur le sujet, je dirais que je reste ouverte aux services presse, mais avec circonspection. Si j’ai une demande d’une maison d’édition, j’indique toujours que je resterai honnête vis à vis du livre, par respect pour mes lecteurs, et que je publierai de mon côté ma critique qu’elle convienne ou non.

J’estime que le blog reste une activité de loisir et non une course à la notoriété. Si vous êtes blogueur débutant, posez-vous les bonnes questions avant de demander des services presse, et avisez en conséquence…

Cet article m’a été inspiré d’un autre sur le même sujet écrit par Hailey et Brooke de Abookafterbook. Si cela t’intéresse, n’hésite pas à aller visiter leur blog 😉

Papier et crayon,

A.Chatterton

Auteur :

Ex-Bibliothécaire, j’ai eu envie de partager autre chose que des chroniques littéraires à travers ce blog en invitant les lecteurs à se plonger au quotidien dans l’imaginaire pour leur apporter un peu de magie et de fantaisie. Vous trouverez matière à réflexion à travers mes projets d’écriture principalement comme mon roman dédié à Miss Chatterton, une bibliothécaire de l’extrême qui passe son temps à voyager dans les livres ou mes discussions avec mon chat. Comme on ne se refait pas, je vous propose également des coups de coeur lecture détaillés ou des interview d’auteurs. Et parfois, je me laisse aller à quelques réflexions du quotidien… Je vous souhaite une jolie lecture. Bienvenue dans mon univers !

3 commentaires sur « Service presse or not service presse : pourquoi j’ai arrêté d’en demander. »

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