Publié dans Questions existentielles

J’aime regarder la série « Good Witch » et j’en ai honte…

Dimanche, fin d’après-midi, moi vautrée dans le canapé les yeux rivés à l’écran en pyjama pilou pilou, une tasse de chocolat chaud à la main, en train de regarder passionnément Good Witch (ou « Un soupçon de magie » pour les frenchies) sur Netflix. 

Mon cher et tendre qui passe dans le salon : « ça va chérie ? Tu regardes quoi ? »

Moi candide : « Good Witch« 

Lui navré : « Quoi ? Cette série où il se passe rien avec Catherine Bell ? »

Moi désarçonnée : « Oui, précisément… »

A ce moment là, je réalise que j’en suis à la saison 3, que ce soir je me suis enfilé quatre épisodes à la suite, et que j’ai poussé le bouchon à lui demander de retrouver pour moi les téléfilms canadiens d’avant la série, sur internet.

Et je me demande, pourquoi, moi, Bac + 3 en Lettres Modernes, ayant banni la télévision depuis 6 ans de chez moi parce que je ne supporte plus le niveau relativement bas des programmes télévisuels, et qui se désole des sujets putaclics d’internet plus nombreux que les sujets mobilisant l’intellect… je suis devenue accro à une série télé canadienne pleine de bons sentiments où il ne se passe absolument rien.

Mais d’abord, reprenons depuis le début pour que vous compreniez mon malaise : ça parle de quoi Good Witch ?

L’intrigue des huit téléfilms diffusés à partir de 2008, aborde l’arrivée de Cassandra Nightingale dans la ville de Middleton, Canada. Celle-ci, un peu sorcière (mais pas trop) hérite d’une vieille maison de famille dans la ville. Les habitants de la ville ne veulent pas de cette étrangère, qui ose en plus ouvrir une boutique de produits ressemblant à des trucs magiques comme des herbes médicinales ou des pierres de lithothérapie.

La femme du maire, Martha Thinsdale, essaie de la virer de la ville, mais finalement, Cassy (aka Cassandra) va se faire une place et épouser le chef de la police de la ville, Jake Russell, veuf avec enfants, et tout finit bien. D’autres personnages viendront compléter le tableau comme la méchante cousine de Cassy, Abigail, ou encore le beau-père de Cassy, Georges, qui va l’aider à transformer sa maison en chambre d’hôtes : Grey House.

Dans la série à partir de 2015,  on retrouvera d’autres personnages récurrents comme Stéphanie, la meilleure amie de Cassy, les enfants de Jake devenus grands : Brandon et Lory;  la fille de Cassy, Grace devenue ado et surtout le voisin de Cassy, le docteur Sam Radford et son fils Nick débarqués de New York…. parce que SPOIL :  Jake Russell est mort ! Et… il faut bien une nouvelle romance avec le personnage principal !

Si vous voulez plus de détails sur la réalisation, je vous invite à consulter la page wikipédia des téléfilms. Il y a un lien direct avec la série dedans.

catherine bell
Catherine Bell Alias Cassy Nightingale via HallMark Channel

Pourquoi cette série fonctionne autant ?

Le personnage principal ne s’énerve jamais et aide les autres

Cassy Nightingale, jouée par Catherine Bell (ex actrice de la série JAG, à la cinquantaine bien conservée), est douée pour résoudre les problèmes des gens. Soit elle leur conseille des bougies/ tisanes/ objets à la con qui ont une « histoire »;  soit elle les invite à lui rendre un service en allant porter un truc chez quelqu’un qui pourra résoudre ledit problème.

Les gens viennent donc dans sa boutique ou à sa chambre d’hôtes pour ça et repartent super contents, comme la mairesse Martha Thinsdale (SPOIL : elle est élue maire dans la série) qui vient la faire chier tous les matins dans la boutique pour trouver l’inspiration ou résoudre un problème de la ville. Et Cassy l’accueille toujours avec le sourire… et ne lui fait jamais payer ce qu’elle prend ! On se demande d’ailleurs comment elle peut vivre de son commerce…

Ajoutez à ça que l’héroïne est un peu sorcière (mais pas trop, hein, série puritaine toussa…) et a des intuitions qui peuvent s’avérer utiles (comme sa fille et sa cousine parce que « c’est de famille ») mais pas de pouvoir magique, hein ! On n’est pas dans Charmed. Par contre, elle boit tout le temps du thé et elle connaît les vertus des plantes médicinales et de la relaxation… Une baba-cool, en somme.

Pour un spectateur lambda qui regarde cette série, je dirais que ça semble cool qu’une personne aussi bienveillante existe, tout comme le fait de régler ses problèmes personnels  avec des objets à la con. Si c’était réel, je dirais : Prends l’argent !

En plus, mon côté amoureux des vieux objets en prend plein les mirettes avec sa vieille maison digne d’un petit manoir et les nombreux trucs qu’elle présente aux clients.

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La boutique de Cassy via le wiki de la série

 

Il y a toujours une fête à organiser à Middleton

Quand ce n’est pas Martha Thinsdale qui, pour promouvoir sa ville, organise un festival (au choix) : des lumières, de l’automne, de la sortie d’un livre, de Halloween, de LA fleur de la ville,  ou le salon de la santé et de la nutrition… ce sont des événements plus personnels qui sont célébrés : mariage, anniversaire de mariage de la mairesse, arrivée du Docteur Radford dans la ville, etc…

Du coup, à chaque fois, on a droit à la tournée des commerces avec les personnages récurrents comme Stéphanie la patronne du café, ou Abigail et son magasin de fleurs, et surtout Cassy qui est de l’organisation car elle a toujours de supers idées.

Ce qui fait apparaître la ville comme un lieu où il fait bon vivre et où la communauté est soudée pour l’organisation de gros événements.

Dans ma tête résonne la nostalgie qu’un tel lieu existe avec des gens qui s’entendent bien et savent mettre leurs différents ou ego de côté pour le bien commun. Et la ménagère de moins de 50 ans qui sommeille en moi est titillée par les aspects de la fête avec les bonnes idées trouvées pour la déco, les costumes, les fleurs, etc…

Ajoutez à cela les plans sur la ville réguliers où l’on voit les arbres changer de couleur au fil des saisons et vous aurez une parfaite petite ville de province utopique.

Middleton
Middleton d’après le Wiki de la série

C’est une série américaine… donc puritaine et pleine de bons sentiments

Jamais au grand jamais, vous ne verrez de scène de sexe dans cette série. C’est tout juste si les couples s’embrassent sur la bouche, et encore, sans la langue !

Du coup, on favorise la romance (comptez le nombre de bouquets de fleurs offerts, si, si, j’insiste !), et surtout les bonnes relations humaines en famille, entre amis, entre étrangers. De là à parler de puritanisme américain, on n’est pas loin…

Même quand quelqu’un est méchant, il finit toujours par retourner sa veste ou on lui donne des excuses au vu de son passé en le poussant à devenir meilleur. L’amélioration et le développement personnel sont les maîtres mots de la série qui propose une petite morale sous-jacente à chaque épisode.

Alors vu comme ça, c’est complètement irréaliste, nous sommes d’accord. Mais j’avoue me prêter au jeu en imaginant cette réalité alternative qui fait du bien.

La dérive serait un épisode de Black Mirror où l’on est obligé de sourire et d’être gentil pour mieux avancer en société (cf épisode 1 de la saison 3 de Black Mirror) mais sous The Good Witch, ça passe crème.

Ajoutez à cela que dans toute bonne série américaine, les filles sont toujours apprêtées comme vous ne le serez JAMAIS dans votre quotidien. J’avoue, je suis un peu jalouse de leurs coiffures parfaites… mais ça donne envie.

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Casting de The Good Witch via Hallmarkchannel

Il y a un poil de féminisme à travers l’entrepreneuriat de la ville

Outre la mairesse (sacrée Martha !), la plupart des commerces présentés sont tenus par des femmes : Abigail est la fleuriste, Stéphanie la patronne du café et d’un service de traiteur, Cassy a sa boutique de souvenirs/remèdes naturels et son Bed and Breakfast…

A part le docteur et son cabinet médical, le cinéma tenu par Ben, et la brasserie Liam, Middleton favorise ses femmes entrepreneurs. Il existe un  conseil féminin des entreprises de la ville et un épisode est consacré dans la saison 4 à leur valorisation en vue des générations futures.

Vision progressiste ? Volonté de montrer qu’une femme peut entreprendre aussi bien qu’un homme ? Je ne sais pas. Toujours est-il que cela m’interpelle de manière positive, malgré certaines incohérences scénaristiques.

Parce que vous n’allez pas me dire que Cassy, même aidée de son beau-père pour faire tourner Grey House (son Bed and Breakfast) et de sa belle-fille Tara pour sa boutique, arrive à gagner assez d’argent pour entretenir sa famille au vu des cadeaux qu’elle fait à longueur de temps. Ni qu’elle a assez de temps pour TOUT gérer, même l’entretien de son jardin, quand on l’invite à organiser une fête dans la ville ? Soyons réalistes deux secondes.

Grey House dans Good Witch
Grey House via le wiki de la série

Bon alors, pourquoi j’ai honte de regarder Good Witch ? 

Cela fait bien 5 minutes que je vous dresse un portrait pas édulcoré, mais plus ou moins flatteur de la série, et des raisons pour lesquelles j’aime la regarder, et vous vous demandez pourquoi je continue à mater ce truc ?

Pour résumer, cette série résume un monde idéal très différent de celui dans lequel nous vivons, mais où j’aimerais bien vivre. Cela m’aide à déconnecter du quotidien.

Ce qui explique pourquoi d’autres gens regardent tel ou tel programme de télévision. Nous avons tous besoin de rêver d’une certaine manière, et chacun à notre façon, pour nous évader d’un métier sans intérêt ou juste par plaisir.

Alors oui, j’ai un peu honte de regarder cette série parce qu’elle n’élève pas mon niveau intellectuel et ne m’aide pas à progresser. Je procrastine sérieusement devant, au lieu de me consacrer à des tâches plus enrichissantes nécessitant plus de réflexion. Mais après tout, n’avons nous pas tous besoin d’un petit plaisir coupable pour nous aider à nous sentir bien ?

Même si je ne vous cache pas que parfois,  j’ai envie de donner des claques à Catherine Bell quand elle sourit, parce que ses lèvres siliconées forment une bouche en cul de poule, ou qu’un personnage fait une pause dramatique en partant à la fin d’une conversation « houleuse ». Malgré tout, je regarde et avec passion.

Et vous savez le pire ? J’attends la nouvelle saison avec impatience ! On ne se refait pas…

Chacun d’entre nous a son propre plaisir coupable. Et au fond, ce n’est pas très grave. Du moment qu’il ne vous dévore pas tout cru et que vous savez en rire.

Et vous, c’est quoi votre péché mignon ?

the good witch générique
Image du générique de Good Witch via Wikipédia

Auteur :

Ex-Bibliothécaire, j’ai eu envie de partager autre chose que des chroniques littéraires à travers ce blog en invitant les lecteurs à se plonger au quotidien dans l’imaginaire pour leur apporter un peu de magie et de fantaisie. Vous trouverez matière à réflexion à travers mes projets d’écriture principalement comme mon roman dédié à Miss Chatterton, une bibliothécaire de l’extrême qui passe son temps à voyager dans les livres ou mes discussions avec mon chat. Comme on ne se refait pas, je vous propose également des coups de coeur lecture détaillés ou des interview d’auteurs. Et parfois, je me laisse aller à quelques réflexions du quotidien… Je vous souhaite une jolie lecture. Bienvenue dans mon univers !

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