Publié dans Lectures

Hairos et cie, Eric Lysoe, illustré par Radioactive Taiga, éditions Yby

Et si Cupidon prenait sa retraite et engageait un tueur pour le remplacer ? Tel est le début de l’histoire que je vous propose de découvrir aujourd’hui. Je remercie les éditions Yby pour l’envoi de ce service presse qui me permet une fois de plus d’ajouter la lecture d’une nouvelle pour le Projet Ombre.

Résumé : Fraîchement reconverti à la photographie, Stéphane s’est décidé à abandonner sa vie de tueur à gages. C’était sans compter sa rencontre avec Mme Hairos – prétendument déesse de l’amour – et son angélique disciple. La proposition de contrat est simple : jouer à Cupidon en perçant d’une flèche unique les cœurs des amoureux. Tâche aisée pour Stéphane – et philanthropique même, se dit-il ! Du moins, c’est ce qu’il avait cru comprendre.

Mon avis :

Un policier façon fantastique

Tenter une reconversion n’est jamais facile et notre héros va en faire les frais : lui qui souhaitait raccrocher de sa vie de tueur à gages accepte un dernier contrat pour prendre un nouveau départ artistique. Mais bien sûr, le contrat va s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît…

Humour face à l’incrédulité de Stéphane qui pense avoir affaire à un canular, désarroi quand il s’avère qu’il a bien été engagé par le Dieu de l’amour en personne pour mener sa mission, Stupeur quand il découvre qu’il peut tuer une fois sur deux à cause de ses flèches les amants non compatibles…

Eric Lysoe nous propose ici une nouvelle policière avec un tueur à gage au profil de détective privé. L’ambiance est tantôt sombre comme dans un polar, tantôt teintée d’humour. De nombreux rebondissements sont à prévoir dans cette histoire avec un personnage principal clairement déconcerté par sa mission.

Par ailleurs, le mystère plane sur l’identité de l’acolyte de Cupidon et sa mission auprès de Stéphane, ce qui va nous amener à devenir nous-même des enquêteurs…

Une nouvelle teintée d’érotisme inclusif

Dès le début, Stéphane annonce qu’il préfère les femmes. Il n’est clairement pas attiré par la gent masculine qui l’indiffère. Mais sa rencontre avec l’angelot, va changer la donne : iel est hermaphrodite, moitié femme en haut, moitié homme en bas.

Stéphane, seulement attiré par le côté féminin de l’ange, va se laisser peu à peu séduire sans pour autant succomber aux délices de la chair. Mais l’idée va faire peu à peu son chemin dans son esprit jusqu’à prendre un tournant inattendu.

A travers cette nouvelle, l’auteur nous invite à réfléchir sur l’humain et l’amour au-delà de la sexualité. Si la chute du récit m’a laissée songeuse, elle met en avant une chose : son personnage principal souhaite tester ses sentiments pour l’ange, peu importe son sexe. Une jolie leçon de vie en somme.

En conclusion : Eric Lysoe signe ici une nouvelle entre polar et érotisme, avec une bonne touche d’humour. Les amateurs d’histoires inclusives LGBTQIA+ y trouveront une jolie romance trangenre au dénouement inattendu.

Publié dans Lectures, Questions existentielles

PAL d’été et vacances de blog

Mes vacances sont là et je vais bientôt faire ma pause annuelle de blog. Pour l’occasion, j’ai prévu une petite PAL estivale que je voulais partager avec vous, histoire de vous donner des idées de lecture mais aussi d’annoncer mes prochaines chroniques.

PAL estivale de Miss Chatterton

Cette PAL est assez hétéroclite, mais elle a le mérite de ne comporter que des formats courts (excepté le roman d’Adrien Tomas). Je rattrape des lectures mises de côté pendant ces dernières semaines ou j’en prolonge d’autres associées à un projet (vous noterez la présence de pas mal de littérature japonaise en lien avec le Hanami Book Challenge).

L’ensemble provient de la bibliothèque où je travaille. J’ai décidé d’arrêter d’acheter des livres pour le moment, au vu de la quantité que je brasse à la maison entre ma PAL personnelle et les livres rapportés du travail. En ce sens, c’est un No Buy challenge ! 🙂

Voici un récapitulatif des titres :

Anne d’Avonlea de Lucy Maud Montgomery aux éditions Monsieur Toussaint L’ouverture (dont j’ai adoré le premier tome)

L’île entre deux mondes de Asuka Ichi, aux éditions Pika : un roman graphique fantastique se déroulant sur une île japonaise.

Moi, Polypheme, cyclope, de Sylvie Baussier, éditions Gulf Stream éditeur : Un roman jeunesse centré sur le cyclope rencontré par Ulysse dans la collection la mythologie vue par les monstres. J’ai déjà chroniqué deux de ses tomes : Moi, Ligia sirène et Moi, le Minotaure.

La porte de Inoue Daisuke aux éditions Picquier : un roman graphique adaptant le roman de Soseki autour d’une histoire d’amour.

Les dossiers du voile d’Adrien Tomas, aux éditions Fleurus : Un roman policier young adult dans un Paris magique.

George Sand, fille du siècle de Séverine Vidal et Kim Consigny, aux éditions Delcourt et Encrages : Une biographie en bd de George Sand carrément féministe.

My broken Mariko, de Waka Iraki, aux éditions Kioon : Un roman graphique sur le deuil d’une amie.

Moi, méduse de Sylvie Baussier, éditions Gulf stream : un roman jeunesse de la même collection que Moi, Polypheme.

Dix nuits, dix rêves de Kondo Yoko, aux éditions Picquier : Un roman graphique adaptant le roman de Soseki autour du thème du rêve.

Avez-vous ces livres dans votre pal estivale ? Lesquels vous tentent le plus ?

Je ferai un retour groupé sous forme de mini-chroniques après ma pause estivale pour certains livres. N’hésitez pas à m’indiquer si vous en avez aimé certains : je les lirais en premier 😉

Pause estivale du blog

Comme l’an dernier, le blog sera inactif 15 jours au niveau des publications afin de me reposer et de lire en toute tranquillité. Je publie donc un dernier article ce dimanche, puis j’arrête du 26 juillet au 8 août.

Non pas que je déteste maintenir un lien avec vous, lecteurs, mais j’ai besoin d’un break pour mener d’autres activités. Me couper du blog me permet de pleinement me ressourcer. 😉

Au programme de mes vacances :

  • lire
  • préparer la rentrée du blog ( mes articles Parlons Steampunk, le Pumpkin Autumn Challenge, et d’autres choses encore)
  • jardiner ( pour ceux qui suivent mes story instagram, mes plants de courgette sont au top de leur forme)
  • Transformer mes récoltes en confitures, compotes et autres trucs qui se mangent.
  • bricoler ( je refais actuellement mon bureau, et ce n’est pas une mince affaire )
  • voir ma famille et mes amis
  • voyager (un weekend à Lyon est prévu pour revoir un peu la civilisation, et pas mal de visites dans la région de l’Ardèche où je réside)
  • nager dans ma piscine
  • faire de la randonnée

Il est possible que je publie quelques story sur mon compte Instagram de mes pérégrinations estivales si cela vous intéresse…

D’ici là, je vous souhaite à tous un très bel été et de très bonnes vacances si vous en avez. A dans 15 jours pour de nouveaux articles. 😉

Glace et café glacé,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

La hyène, la sorcière et le garde-manger, de Aeph, illustré par Codaleia, Yby éditions

Lue dans le cadre du Projet Ombre, même si situé hors challenge, j’ai beaucoup apprécié cette novella proche d’une réécriture de contes, version rock’n roll.

Résumé : Il était une fois, dans le lointain royaume de Rosevelle, Gertrude, une princesse aux cheveux violets. Gertrude aimait la musique trop forte, la nourriture et la femme brillante avec qui elle sortait. En revanche, elle détestait sa belle-mère, qu’elle soupçonnait d’être une sorcière. Mais on ne s’oppose pas à la sinistre Corvinia de Maleganza sans en subir les conséquences, même quand on est aussi outrancière que Gert !

Mon avis :

Une réécriture de contes

Dès le départ, l’auteure donne le ton : nous parlerons princesses parfaites ou rebelles, roi veuf, et belle-mère bizarre (ou acariâtre).

Aeph mélange plusieurs contes dans son histoire : on y retrouve Rebelle (Disney) ou le Vilain petit canard à travers le personnage de Gertrude, la sorcière de Blanche-Neige avec son miroir magique, son cercueil de verre et ses potions, le roi/père veuf de Cendrillon un peu largué par le décès de sa femme, et des clichés de princesses avec les soeurs de Gert.

Elle réussit avec brio à nous proposer un conte moderne, bourré d’humour avec un poil de suspense. Si on devine aisément ce qui va se passer en fin d’histoire, on assiste quand même à quelques rebondissements inattendus. C’est une jolie réécriture de conte qui interroge en même temps les codes du genre.

J’ai personnellement eu un coup de coeur pour le personnage de Gert qui incarne une princesse de conte de fées moderne avec sa coupe de cheveux colorée à la sauce punk, son goût pour le rock du moyen-âge, sa mode garçonne et son anticonformiste.

La belle-mère a su également me conquérir en fin de récit, montrant une personnalité plus complexe qu’il n’y paraît. Je n’en dirai pas plus pour éviter de vous dévoiler toute l’intrigue.

Une tonalité LGBT

Les éditions Yby sont spécialisées en histoires LGBTQIA+, donc il était normal que cette novella baigne dans les thématiques qui s’y rapportent. Pour autant, à la lecture de cette histoire, tout cela m’a paru évident : Aeph propose après tout une forme d’uchronie où l’on imagine ce qui se passerait si une princesse était lesbienne dans un conte de fées. Le côté inclusif est donc bien amené et plutôt normal dans le récit, contrairement à certaines histoires qui jouent sur le thème LGBT.

Gert(rude) nous est présentée d’emblée comme la princesse qui aime s’habiller comme un garçon, et avec un fort penchant pour sa camériste qu’elle trousse en cachette.

Avec ce personnage au caractère bien trempé, nous abordons l’homosexualité féminine de façon joyeuse et décomplexée mais aussi la transsexualité. Ce n’est pas un hasard si Gertude aime s’habiller en garçon ou a raccourci son prénom : on sent chez elle un besoin de transformation malheureusement impossible du fait de sa condition de princesse et de femme.

La nouvelle aborde subtilement à travers ce personnage et celui de sa camériste la manière dont chacune voit son couple : les difficultés liées aux contraintes sociales, le regard familial sur leur situation (voire l’approbation paternelle). Si Gertrude aimerait faire éclater la vérité au grand jour, sa compagne est plus réservée et a peur des conséquences pour la princesse ou elle-même.

En conclusion : L’auteure nous propose une réécriture de contes à la fois moderne et uchronique autour d’une princesse rebelle et rock’n roll qui n’a pas peur de s’affirmer. Une histoire bourrée d’humour avec une fin plutôt punk.

Publié dans Lectures, On joue ?

Bilan de mes lectures du Hanami Book Challenge

Suite à mon bilan de création du challenge, voici mon retour sur mes lectures et visionnages du Hanami Book Challenge. Après une plongée intensive de trois mois autour de la culture et de la littérature japonaise, j’ai très peu descendu ma PAL mais fait des découvertes très intéressantes.

Mon ressenti général sur le challenge

Pour ce challenge, rien ne s’est passé comme prévu : J’avais commencé par utiliser les livres de ma Pile A Lire sur la thématique du Japon et de la littérature japonaise et je comptais emprunter ce qui me manquait à la bibliothèque. Au final, j’ai emprunté beaucoup de livres à la bibliothèque, j’en ai acheté quelques uns et je n’ai pas trouvé certains titres annoncés à lire pour ce challenge, donc j’ai compensé par d’autres.

De manière générale, je n’ai pas cherché à me contraindre vis à vis des menus pour mes lectures (un comble en tant que créatrice de ce challenge !). J’ai souhaité explorer la culture japonaise à travers sa littérature, ses contes, les carnets de voyage d’étrangers, des nouvelles, des romans écrits par des japonais ou par des étrangers sur le Japon, des bande-dessinées, des ouvrages sur la culture à travers ses objets ou le dessin, des romans graphiques.

L’ensemble forme un joyeux mélange, et j’avoue m’être beaucoup amusée à picorer et varier les plaisirs de lecture. C’est un peu ce qui fait la force de ce challenge : on se limite pas aux seuls romans mais à tout un ensemble de documents à notre portée et on peut aussi le réaliser avec des films et séries.

Mes découvertes préférées restent les deux carnets de voyage de Florent Chavouet au graphisme et à l’humour inimitables : Tokyo Sanpo et Manabé Shima, ainsi que le roman Tokyo la nuit de Nick Bradley.

Côté films et séries, je me suis moins investie en privilégiant des séries ou drama avec des thèmes contemporains, exclusivement sur Netflix et Amazon Prime. J’ai eu la flemme de regarder les films empruntés en dvd à la bibliothèque et je n’ai pas été très motivée pour regarder des anime excepté pour un film Ghibli que je n’avais pas vu. J’ai donc lâché une grande partie de ma PAL, mais j’ai visionné 5 séries, 1 film. Mon coup de coeur va à la série Tokyo Girl dont j’ai adoré l’évolution du personnage et les thèmes qu’elle aborde vis à vis de la sociéré japonaise contemporaine.

Pour finir, et je ne sais pas si cela est arrivé à d’autres, j’ai aussi réalisé une lecture et un visionnage de série hors challenge, en lien avec le Japon. J’étais tellement enjouée à m’immerger dans la culture que j’ai un peu débordé d’enthousiasme. Néanmoins, ce n’est pas perdu : cela m’a donné d’autres idées de thèmes pour les menus de l’an prochain et j’ai passé un très bon moment avec ces Hors challenge !

Les flops du challenge :

Pendant le challenge, j’ai eu quelques flops de lecture avec ces titres pour des raisons différentes.

Chauds chauds les petits pains de Yu Takita ne m’a pas emballé par son intrigue ni son style graphique, mais il m’a intéressé par son témoignage d’un quartier de Tokyo avant sa destruction pendant la guerre.

Le recueil de nouvelles, Le jour de la gratitude au travail de Akiko Itoyama ne m’a pas emballée par ses intrigues non plus mais j’ai beaucoup apprécié le style de l’auteure assez mordant, ainsi que ses personnages peu conventionnels.

Enfin, j’ai carrément abandonné le Jeu de la Trame de Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne, au bout de 50 pages. Il est rare que j’abandonne un livre, mais le sujet me mettait mal à l’aise : un jeune homme décide de partir à la recherche de cartes magiques dans un Japon féodal, afin de ressusciter sa soeur dont il est amoureux et avec qui il avait une relation incestueuse. Outre les scènes de sexe et un personnage principal détestable, le sujet de l’inceste m’a mise mal à l’aise et je n’ai pas pu continuer ma lecture malgré un style intéressant qui rappelle l’épopée japonaise.

Les livres que je n’ai pas lus :

Certains étaient dans ma Pile à Lire pour le challenge, d’autres se sont rajoutés au fil de mes emprunts en bibliothèque. Pour la plupart, c’est le temps qui m’a manqué et je compte les lire dans les mois à venir ou les garder pour la deuxième édition du challenge. Pour d’autres, je n’ai pas pu me les procurer comme La cantine de minuit que j’avais réservé à la bibliothèque (et que je n’ai pas pu récupérer). De manière générale, j’ai essayé de privilégier les formats courts sauf si un gros roman me donnait vraiment envie.

Dans l’ensemble ceux qui ne sont pas lus sont des romans assez épais, pas touchés suite à une panne de lecture en début de challenge que j’ai depuis résorbée.

Concernant ma pal de séries et films, j’ai très peu regardé de films et d’anime. Je me suis concentrée sur des séries avec des thématiques contemporaines par intérêt pour la culture japonaise. Je serai peut-être plus encline à visionner des séries d’anime humoristiques l’année prochaine également.

Décompte des lectures/films par menu

Pour ce challenge j’ai lu 20 livres et regardé 6 films/séries japonaises ou sur le Japon. Cependant, la plupart de mes lectures et visionnages concernent le menu Japon contemporain et je n’ai lu aucun livre/films pour le menu Japan Pop… Voyons le détail :

Dans ce menu, j’ai lu/ vu :

Pour la Gloire de l’empereur

1 abandon de lecture, 1 lecture

Le jeu de la trame de Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne,éditions Mnémos mais abandon au bout de 50 pages, soit même pas 50% du livre. Donc, le livre ne compte pas.

Bakemono San, les héritiers d’Higashi tome 2, Clémence Godefroy, éditions du Chat noir.

Le temple abandonné

4 livres

L’étrange bibliothèque de Haruki Murakami, éditions Belfond

Birthday girl de Haruki Murakami, éditions Belfond

Contes et légendes japonaises, Ynnis éditions

Les neiges de l’éternel, Claire Krust, éditions ActuSF

Le sourire de la Geisha

3 livres

Maïmaï de Aki Shimazaki, éditions Actes Sud

Les cahiers japonais, le vagabond du manga, Igort, éditions Futuropolis

Les cahiers japonais, voyage dans l’empire des sens, Igort, éditions Futuropolis

Les cerisiers en fleurs

2 livres

Chauds chauds les petits pains, de Yu Takita, éditions Philippe Picquier

Maneki Neko et autres histoires d’objets japonais, Joranne, éditions Le prunier/sully

Aucune lecture ni visionnage de film/série pour ce menu. Soit je n’ai pas récupéré les mangas associés à ma PAL en bibliothèque, soit je n’ai pas été inspirée par ma PAL films et séries.

Dans ce menu, j’ai lu/vu :

Fly me to Saitama

3 livres et 1 film

Pêche au toc dans le Tohoku, Shinsuke Numata, éditions Picquier

Quartier Lointain, Jirô Taniguchi, éditions Picquier

Souvenirs de Marnie, Studio Ghibli (Netflix)

Manabé Shima, Florent Chavouet, éditions Picquier

Gambate !

2 livres et 2 séries

Le jour de la gratitude au travail, Akiko Itoyama, éditions Picquier

Hôzuki, Aki Shimazaki, éditions Actes Sud

Kantaro, the sweet tooth salaryman, 2017 (Netflix)

Tokyo Girl (guide), Yuki Tanada, 2016 (Amazon Prime)

Souvenirs de lycée

Une série

The many faces of Ito, 2017 (Netflix).

Tokyo By night

5 livres et 2 séries

Tokyo la nuit, Nick Bradley, éditions Belfond

Tokyo sanpo, Florent Chavouet, édition Picquier

Touiller le miso, Florent Chavouet, éditions Picquier

Petites coupures à Shioguni, Florent Chavouet, éditions Picquier

Les miracles du bazar Namiya, Keigo Higashino, éditions Actes Sud

Samurai Gourmet, 2017 (Netflix)

Big in Japan, Tokyo édition,  Lachlan McLeod, 2018 (Amazon Prime)

Si je reviens sur mon décompte de challenge expliqué dans mon article introductif, je ne gagne aucun niveau car j’ai validé deux menus sur trois, mais j’ai lu plusieurs livres dans chaque catégorie des menus validés. Je pense revoir mon système de notation pour l’an prochain, pour proposer une compensation bonus si on zappe un menu mais que l’on lit plusieurs livres dans un autre. D’une part ce n’est pas désintéressé, d’autre part cela permettra aux participants qui comme moi zappent un menu de valider un niveau.

Mon total est donc de 20 livres et 6 films et séries, ce qui n’est pas si mal pour un challenge de trois mois. Si je m’étais écoutée, je lirais encore d’autres livres mais il faut savoir changer de type de lecture avant de saturer…

J’espère que vous vous êtes autant amusés que moi à participer à ce challenge. N’hésitez pas à cliquer sur les liens des titres si vous souhaitez lire mon retour sur le livre ou le film mentionné ou à me laisser un commentaire si nous avons une lecture en commun.

J’espère proposer un challenge aussi amusant l’an prochain pour la deuxième édition, avec toujours de belles découvertes sur la culture japonaise.

Sakura et sushi,

A.Chatterton

Publié dans Lectures, On joue ?

Bilan de la création du Hanami Book Challenge 2021

Au terme de ce challenge sur le Japon et la littérature japonaise, j’ai souhaité vous faire part de l’envers du décor concernant sa création, et sa mise en oeuvre en vous proposant un bilan au terme de ces trois mois de lectures intensives. Pour ceux qui souhaitent réaliser un challenge, cela peut vous aider. Vous trouverez aussi en fin d’article ce que j’envisage comme évolution pour l’année prochaine (car je compte bien réitérer l’expérience).

La création du challenge

Le Hanami Book Challenge est le premier challenge que j’ai créé à ce jour. C’est la concrétisation d’une envie que j’ai depuis un an et je me suis surtout fait plaisir en le réalisant.

Après avoir participé à environ 5 challenges différents et décortiqué leur mode de fonctionnement, je me suis dit que cela n’était pas bien sorcier d’en réaliser un moi-même.

J’ai décidé de prendre comme thématique la littérature japonaise et le Japon car c’est un thème que j’apprécie mais aussi parce qu’à l’époque je n’avais pas trouvé de challenge spécifique sur le sujet. Je voulais proposer quelque chose de nouveau.

Ce challenge a la même structure que le Pumpkin Autumn Challenge créé par Guimause Terrier : 3 menus avec 4 sous-catégories au noms évocateurs, avec des mots-clés entre parenthèses pour aiguiller le lecteur. Il a la même temporalité : trois mois de avril à juin.

J’ai essayé d’englober des thématiques récurrentes, voire stéréotypées autour du Japon afin de faire entrer un maximum de documents, mais aussi de le mettre à la portée des lecteurs qui découvrent cette littérature.

J’avoue que ce qui m’a causé le plus de fil à retordre était le mode de validation, mais au final personne ne l’a beaucoup utilisé.

La page instagram crée pour le challenge n’était pas prévue au départ et s’est décidée sur un coup de tête afin de faire connaître un peu le challenge et d’avoir un espace d’échange autour des lectures. J’ai choisi Instagram pour son côté visuel mais aussi pour éviter la modération d’un groupe facebook.

J’ai également proposé une pal de livres et une pal de Séries et films pour aider les participants à trouver des idées car ce challenge ne se limite pas aux livres.

Enfin, j’ai publié de façon régulière mes avis personnels sur les lectures réalisées pendant le challenge sur mon blog et Instagram afin de faire d’autres propositions et animer la page Instagram.

Les participants au challenge

Difficile d’évaluer la participation réelle des lecteurs pour le challenge car je n’ai pas mis en place un système d’inscription. J’évoquerai donc les lecteurs qui se sont manifestés sur wordpress, Facebook et Instagram ou sur qui je suis tombés par hasard.

Je me suis vite aperçue que mon challenge coïncidait avec un autre challenge intitulé Un mois au Japon (évoqué dans ma veille littéraire du net #28) qui avait lieu tout le mois d’avril. Les organisatrices de Un mois au Japon ont relayé mon challenge sur leur groupe facebook, ce qui m’a attiré des participantes (ce qui était très sympa de leur part). Par conséquent, certaines lectrices ont réalisé les deux challenges en parallèle, mais quelques unes ont arrêté de participer au mien une fois celui le mois du Japon terminé.

Au niveau de la page instagram, je compte 42 abonnés, et 4 participantes régulières qui ont publié des avis lectures pendant tout le challenge. Sur WordPress, j’ai noté 6 participantes dont une déjà abonnée sur le compte Instagram. De ce côté, j’ai noté principalement deux retours par des articles de bilan. La majorité des participants sont des femmes. Je n’ai pas eu de participants masculins.

L’article de présentation du challenge a généré sur mon blog 181 vues, 7 likes et 23 commentaires (dont 10 sont des notifications ping de mes articles entre eux et ne comptent pas.). Sur Instagram, les posts de présentation du challenge et des menus a généré 22 likes sur la page instagram du challenge et 33 likes sur ma page personnelle. Sur Facebook, mon post de présentation du challenge sur la page Miss Chatterton a généré 9 likes, 2 partages, 1 commentaire et touché 88 personnes.

En général, les participantes ont été très contentes de participer, même si elles ont trouvé le menu Japan Pop difficile à remplir. Elles ont apprécié ma proposition de menus détaillés et le fait que le challenge soit flexible au niveau du type de document à utiliser pour remplir toutes les catégories (série ou livre, fiction ou documentaire, roman ou manga).

Un autre détail intéressant est que pour certaines, cela leur a fait découvrir la littérature japonaise ou sortir de leur zone de confort de lecture, ce qui étaient mes principaux objectifs.

Pour résumé, même si le taux de participation est faible cette année, je suis contente d’avoir réalisé un challenge de qualité qui a été apprécié par les participantes.

Les écueils du challenge

Maintenir une barrière entre animation et participation à son propre challenge.

Sur le compte Instagram du challenge, j’ai eu des difficultés à séparer mes posts censés présenter des livres pour le challenge de mes propres lectures pour le challenge. Je souhaitais séparer ma participation au challenge de l’animation du challenge. Mais finalement, j’ai dû publier sur les deux comptes mes retours personnels (les posts mini-chroniques) car je n’ai pas pris le temps de prendre en photo et présenter des livres. Par ailleurs, je trouvais mes présentations trop impersonnelles à l’inverse de mes retours de lecture.

Compter le nombre d’inscrits

Je n’ai pas pensé à mettre en place un vrai système d’inscription, en me disant qu’un commentaire sur l’article de présentation du challenge suffirait et que c’était un test personnel pour savoir si je pouvais créer un challenge intéressant. Or, j’ai eu des participantes depuis Instagram directement qui n’avaient pas vu mon article de blog. Au final, pour réaliser ce bilan, il a été compliqué de savoir combien de lecteurs ont réalisé exactement le challenge.

Le manque d’échange sur Instagram

A ma grande surpise, j’ai aussi trouvé qu’Instagram n’était pas suffisant pour que les participants échangent autour de leurs lectures. Tout se borne aux commentaires. Je n’ai pas trouvé non plus comment reposter les publications des participants sur le feed, donc j’ai pris le parti de les reposter en story.

Communiquer plus et plus régulièrement

Niveau communication, cette année j’ai créé la page Instagram du challenge et j’ai contacté des maisons d’éditions spécialisées en littérature japonaise pour leur proposer de relayer le challenge.

Concernant la page Instagram, je l’ai animée pendant deux mois et demi avec des suggestions de lecture ou des retours personnels et quelques défis. J’ai aussi reporté en story les lectures des participants et taggué les maisons d’éditions citées dans les post. Au final, j’ai eu trois personnes régulières qui ont utilisé le Hashtag du challenge sur Instagram, peu de participations aux défis et de repartages des maisons d’éditions. J’ai trouvé le projet chronophage, notamment sur la prise de photos des livres, pour peu de participation. Je pense que mon rythme de publication sur Instagram n’a pas aidé car j’ai été attentive à publier deux fois par semaine au début et je me suis essoufflée au terme du deuxième mois.

Pour ce qui est de l’investissement des maisons d’éditions, il a été maigre. J’ai contacté par les réseaux sociaux quelques maisons d’édition pour leur expliquer le challenge et leur proposer de relayer mes participations. Pour résumer, les grandes maisons m’ont ignorée à l’inverse des plus petites qui ont été plus réactives comme Ynnis éditions, ActuSF ou LivrS éditions. Je pense que la jeunesse du challenge et son manque de notoriété ne m’ont pas aidée mais ce n’est pas très grave.

Des menus trop compliqués

Côté menus, j’ai eu des remarques sur leur côté cliché ou malvenu. Quelqu’un notamment m’a fait une remarque concernant l’intitulé Le sourire de la Geisha car dans les mots-clés associés, il y avait le mot « érotique » qui n’a pas plu à la personne, estimant qu’on y voyait un amalgame entre geisha et prostituée. Ce n’était pas mon intention, néanmoins, je souhaite éviter les raccourcis trop rapide pour les lecteurs.

Par ailleurs, le menu Japan Pop a semblé difficile à remplir pour tout le monde, notamment la catégorie Monter sur scène avec idols.

Evolution du challenge pour l’an prochain

Comme je compte réitérer le challenge l’an prochain malgré le peu de participants, j’ai pris en compte les améliorations à réaliser suite à des remarques de lecteurs ou des idées personnelles.

Tout d’abord, je pense à minima proposer un système d’inscription pour que les gens me signalent s’ils participent au challenge. Ce sera certainement via un commentaire sur l’article publié sur mon blog ou les réseaux sociaux. Je sais que cela ne semble pas très utile à première vue, mais cela m’aide à réaliser l’impact du challenge dans la blogosphère littéraire.

Je pense revoir les menus également pour proposer des thèmes plus abordables et moins clichés et en introduire d’autres que j’ai oubliés. J’ai noté que le menu Japon Contemporain remportait un suffrage important en termes de lectures. Il est possible que je m’en inspire pour décliner les menus.

L’an prochain, j’envisage d’étendre ma communication sur le challenge en m’y prenant plus tôt, en enregistrant mon challenge sur Booknode, et en proposant un groupe facebook en plus de la page Instagram, même si la modération qui ne m’enchante pas. Le fait est que j’aimerais plus d’échanges autour de la littérature japonaise et je n’ai pas l’impression qu’Instagram en propose, du moins dans la forme que j’ai choisie. J’envisage aussi de réaliser des partenariats avec les petits éditeurs qui ont relayés mon challenge cette année.

J’aimerais aussi communiquer des ressources sur la culture japonaise et réfléchir un peu plus à des jeux autour du challenge, ce que je n’ai pas pris le temps de faire cette année. Ce sera notamment plus intéressant l’an prochain car j’ai prévu de partir 10 jours au Japon au mois de mai 2022, si tout va bien, donc il y aura des photos in situ !

Voilà pour ce bilan déjà assez long comme ça. Je tiens à remercier les participants, les maisons d’éditions et les blogpotes qui m’ont soutenue ou ont relayé mes publications pour faire connaître ce challenge.

Je vous attends l’an prochain, un peu plus nombreux je l’espère. Et si ce n’est pas le cas, je passerai un bon moment lecture tout de même. L’important restant de se faire plaisir. 🙂

Si vous avez envie de m’indiquer votre bilan, votre ressenti ou des idées d’évolution du challenge, n’hésitez pas à me l’indiquer en commentaire.

Tofu et wasabi,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Tokyo la nuit, Nick Bradley, éditions Belfond

Lu dans le cadre de la masse critique Babelio mais aussi pour le Hanami Book Challenge, j’ai été très étonnée de la qualité d’écriture de ce livre qui a pour thème Tokyo, mais vu par un Britannique, avec la fantaisie d’un Haruki Murakami sans son côté bizarre.

Résumé : À Tokyo, une chatte tricolore aux yeux verts vagabonde dans les ruelles sombres et les recoins les plus abandonnés. À mesure qu’elle trace son chemin dans des quartiers de plus en plus interlopes, elle croise la route de personnages étonnants : Ichiro, une ancienne star déchue qui vit dans un hôtel abandonné, Makoto, un jeune salaryman qui subit son existence, Kentaro, un tatoueur de yakuzas, et Naomi, sa mystérieuse cliente, le détective Ishikawa qui gagne sa vie en photographiant des liaisons adultères, une employée de bureau en quête d’amour, Mari et George, un couple mixte et dysfonctionnel qui ne parvient pas à se séparer… Des vies solitaires, apparemment déconnectées les unes des autres et autour desquelles va pourtant se tisser un imperceptible lien avec, en toile de fond, la ville de Tokyo, impressionnante et fascinante…

Mon avis :

Un roman choral représentatif du Japon

Nick Bradley nous présente à travers cette nuit dans la capitale nippone une galerie de personnages atypiques mais pourtant en partie représentatifs du Japon d’aujourd’hui.

Chaque chapitre raconte l’histoire d’un personnage qui va croiser à un moment donné la route d’une chatte tricolore aux yeux verts, ou les autres personnages du roman.

Ainsi, Ichiro, le sans-domicile-fixe est un conteur traditionnel qui a eu du succès, mais qui est tombé dans la déchéance suite à un drame personnel et l’alcoolisme. Il représente les japonais qui ont échoué à s’intégrer dans la société et peu de personnes lui viennent en aide (de peur sans-doute d’être « contaminés » par son échec ?).

Kentaro, le tatoueur traditionnel de yakuzas perpétue un art ancestral mais voit son nombre de clients diminuer et surtout son art associé aux yakuzas alors qu’il n’aspire qu’à montrer ses talents.

Mari est une japonaise intello qui apprécie d’être en couple avec un étranger (Georges). Elle souhaiterait avoir un enfant avec lui parce que les enfants métis sont plus « mignons » que les japonais pur souche. Sa relation avec George oscille entre le maternage et l’amour dysfonctionnel. Elle aspire à une forme d’occidentalisation comme un effet de mode.

George est un britannique venu au Japon après un drame familial. Il représente l’étranger fasciné par la culture japonaise qui souhaite vivre de son art (la photo). On ne sait pas s’il est en vacances ou s’il travaille vraiment. Il vit aux crochets de Mari et ne sait pas s’il l’aime vraiment. C’est l’étranger qui se cherche au Japon.

Taro, le frère d’Ichiro, est chauffeur de Taxi dans la capitale nippone. Sa fille est partie vivre aux Etats-Unis pour ses études, et sa femme est décédée. Il mène une routine monotone et triste entre clients affreux devant lesquels il s’humilie et problèmes de dos. C’est le Japonais qui accepte son sort.

Sachiko est une jeune employée de bureau qui mène une liaison avec un japonais ne souhaitant pas s’engager. Sauf qu’elle l’ignore, et pleine d’espoir attend qu’il lui fasse sa proposition alors que les années passent. Elle représente la japonaise qui cherche l’amour avant ses 30 ans sous peine d’être déclarée « périmée » par la société.

Flo est une jeune étrangère embauchée comme traductrice dans une société japonaise. Elle vit seule et a peu d’amis exceptés ses premiers employeurs et collègues enseignants avec qui elle entretient des liens forts. Sa passion est la traduction d’un auteur japonais peu connu, qui s’avère être le père de Taro et Ichiro. Elle représente l’étrangère qui a dû mal à s’intégrer dans l’entreprise japonaise et qui est victime de Tchikan.

D’autres personnages seront évoqués au fil des pages, proches des premiers avec d’autres thématiques : une jeune fille métis (japonaise-coréenne) qui garde ses origines secrètes pour éviter les discriminations au travail, Naoya un trentenaire qui vit reclus chez lui depuis qu’on l’a moqué à l’école, Kensuke un jeune garçon métis harcelé à l’école, le détective Ishikawa qui enquête sur la disparition d’un jeune garçon possiblement membre des yakuzas, un pervers qui a sombré dans la folie, la fille de Taro qui se sent décalée entre la culture japonaise et américaine…

Tous ces personnages ont en commune une solitude immense malgré la grandeur de la ville et nous touchent, chacun à leur manière par leur histoire particulière.

Du fantastique à la Haruki Murakami

A côté du ton réaliste des histoires de ses personnages, l’auteur introduit la figure du chat et de Naomi, une jeune fille mystérieuse que tous vont croiser à un moment donné.

Le chat a les mêmes yeux que Naomi, et l’on peut supposer qu’il s’agit d’elle qui se transforme, mais nous n’en sommes pas certains. Et l’auteur laisse planer le doute tout au long du roman sans donner plus d’explications. La scène dans le restaurant d’okonomiyaki est assez troublante en ce sens.

Ce personnage apparaît dès le premier chapitre en demandant à Kentaro un tatouage représentant Tokyo sur l’ensemble de son dos et ses bras. Elle visitera l’ensemble de la ville pour ajouter autant de réalisme et de dessins à la carte qui se dessine peu à peu sur son corps.

Le chat apparaît pour la première fois sur ce tatouage, rendant fou le tatoueur. Puis il viendra en aide à Ichiro cherchant un logement, se fera prendre en photo par George, frapper par Sachiko, secourir par Kensuke et Naoya. On le retrouvera tout au long du récit, tantôt effrayant, tantôt ami, comme un observateur silencieux de cette capitale plutôt frénétique où tout va trop vite.

Par ces petites touches de fantastique, Nick Bradley se rapproche de l’auteur Haruki Murakami connu pour ce style si particulier. Cependant, à l’inverse du japonais, il ne tombe pas dans un fantastique qui nous laisse sur notre faim avec l’irruption d’éléments ubuesques et inexplicables. Le fantastique est plutôt simple : c’est ce chat qui traverse la vie des hommes. Peut-être se transforme-t-il, mais ce sera tout. Personnellement, j’ai préféré ce récit à d’autres de Murakami du même style. Peut-être parce que je suis une occidentale tout comme l’auteur ? Ou que j’aime comprendre un récit ? Mystère…

Une nuit à Tokyo avant les jeux olympiques

En filigramme des personnages et de la figure du chat, se dessine une uchronie de Tokyo peu avant les Jeux Olympiques de 2021 qui ne sont pas encore arrivés dans notre réalité, mais qui le sont dans ce livre.

L’auteur pointe le « nettoyage » des rues de ses SDF, pour rendre la capitale plus « propre » aux yeux des occidentaux en enfermant les gens dans des centres. Ichiro et ses amis en feront d’ailleurs les frais, comme ils vivent dans la rue, ajoutant encore à leur peine d’être marginalisés.

Les files de douane à l’aéroport se feront distinctes pour les étrangers à l’inverse des japonais, comme on le verra avec la fille de Taro, mariée à un américain quand elle viendra lui rendre visite. On sent une forme de racisme latent des japonais malgré la volonté de bien paraître aux yeux des occidentaux, ressenti par la japonaise qui a des difficultés à se réadapter à son pays d’origine.

En revanche, il n’est pas question de la crise sanitaire. J’ignore si c’est un choix de l’auteur ou s’il avait écrit son livre avant la crise, mais cela n’apparaît à aucun moment dans le récit.

A noter aussi que le livre comprend deux récits supplémentaires : Tout d’abord, une nouvelle de science-fiction écrite par le père de Taro et Ichiro et traduite par Flo, que l’on retrouvera au fil du récit. Et enfin un manga dessiné grossièrement par le jeune Kensuke, retraçant ses conversations d’enfant avec Naoya. En plus du récit principal, cela rend ce livre assez hétéroclite.

En conclusion : Tokyo la nuit est le meilleur récit japonais écrit par un étranger que j’ai pu lire jusqu’à présent. Sous couvert d’un récit contemporain légèrement fantastique, il évoque plusieurs thèmes de la société japonaise qui nous donnent à réfléchir. Avec sa galerie de personnages non limitée à des autochtones, il nous montre un Japon d’aujourd’hui en proie à ses contradictions. Un roman écrit par un Murakami qui serait devenu britannique.

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Notre-Dame des loups, Adrien Tomas, éditions Mnémos

Une course-poursuite haletante mêlant thriller, western et fantastique, c’est ce qui vous attend avec cette réédition magnifique du roman d’Adrien Tomas aux éditions Mnemos. Une aventure dévorée en deux jours pour laquelle je remercie l’éditeur qui me l’a envoyé gracieusement en service presse.

Résumé : 1868, aux confins de l’Amérique, sept Veneurs, hommes et femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage à la recherche de Notre-Dame des loups, une créature qui serait à l’origine de la prolifération des lycanthropes sur le territoire américain. Ils s’enfoncent, la peur au ventre mais déterminés, dans les gigantesques forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Elle a le son des chairs qui se déchirent et des os qui rompent, des incantations vaudou, des balles qui sifflent et des molosses qui aboient. Au loin, les premiers hurlements se font entendre. La chasse commence… Une chasse qui doit réussir quel qu’en soit le prix. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des Loups…

Mon avis :

Attention ! Ma troisième partie de critique contient des spoilers associée à la construction du récit. Je l’ai située après la conclusion, pour vous éviter de lire par mégarde. Si vous souhaitez la lire, il vous faudra aller plus bas dans l’article. 😉

Une uchronie autour du loup garou

L’auteur nous entraîne dans un univers uchronique où les loups-garous existent réellement en mélangeant de manière astucieuse des faits historiques à la fiction. En cela, il se rapproche de Fabien Cerutti et sa série Le Bâtard de Kosigan dans sa manière de construire son récit uchronique. Ainsi, le lecteur qui connaît l’Histoire et les légendes sera assez enclin à croire à la véracité de son récit.

Notre-Dame des loups serait la première louve-garou à avoir existé. Elle serait présente dès l’Antiquité en tant que mère adoptive de Romulus et Rémus, comme l’indique un « document d’archive » situé en fin d’ouvrage et rédigé par la louve elle-même, où elle explique sa vie.

Elle réapparaît en Europe par la suite sous les traits de la Bête du Gévaudan, avant d’embarquer pour l’Amérique fin XIXème siècle, devenant ainsi la légende du Wendigo pour les natifs américains.

A chaque fois, elle contamine par sa morsure des humains pour constituer des meutes. Les hommes et femmes contaminés redeviennent humains le jour et se transforment la nuit pour assouvir leur besoin de chasse à l’homme ou de gibier.

Les veneurs sont constitués dès l’Antiquité en confrérie pour résoudre ce fléau contre-nature, mais la tâche n’est pas facile : les contaminés redevenus humains le jour sont indétectables et peuvent leur nuire, ainsi que leurs familles.

Pour les tuer, l’auteur a conservé la méthode ancestrale : l’argent, sous forme de balles, qui sont refondues après utilisation. Les veneurs doivent porter des gants avant de récupérer les balles dans les cadavres des loups-garous, afin d’éviter des contaminations par le sang.

La magie joue un léger rôle dans cet univers avec l’utilisation de gris-gris, portés autour du cou et censés accroître la vision nocturne. La Grande Louve possède aussi des pouvoirs associés à l’illusion et la persuasion qui feront des dégâts dans l’équipe.

Les veneurs ont un code bien à eux : ils se soutiennent face aux loups-garous, sont tenus d’abattre tout camarade contaminé, et d’obéir au chef d’équipe. Chacun a un rôle défini : tireur, fondeur, soigneur, chef, éclaireur, archiviste.

Le plus important est qu’ils agissent dans l’ombre : la population n’est pas au courant de l’existence des loups-garous. En cas d’attaque, les humains ignorants sont soit convaincus qu’ils sont fous ou ont vu un loup normal, soit abattus. La dernière option, s’ils ont une compétence utile comme savoir bien tirer, est de rejoindre la troupe malgré eux, et de devenir veneur. Le secret reste ainsi bien gardé.

L’intrigue nous emmène ici à un tournant dans l’histoire de la traque aux loups-garous : une équipe de veneurs aurait bientôt débusqué Notre Dame des Loups. Nous sommes en Amérique en 1868, et la troupe passe son temps entre forêt et petites villes sordides, à l’affût du moindre indice…

Une galerie de personnages forts

Adrien Tomas nous propose pour cette chasse au loup-garou une équipe de veneurs aux personnalités bien ancrées. Si certains sont présents dans l’équipe contre leur gré, d’autres se sentent investis d’une mission ou cherchent une forme de rédemption dans la traque de Notre-Dame des Loups. Ils se rapprochent d’une bande de mercenaires mais avec des principes.

Ainsi, Arlington est un irlandais fin tireur qui s’est fait enrôler malgré lui après avoir découvert l’existence des loups-garous. Peu apprécié de Jack, le chef, parce qu’il dit un peu trop ce qu’il pense, il est obligé de rester dans l’équipe. Sa seule porte de sortie est de se faire tuer par un loup-garou ou par son chef. Il éprouve un grand ressentiment envers Jack et souhaiterait voler de ses propres ailes.

Jack, le chef, est un salopard obsédé par Notre Dame des loups avec qui il semble avoir un passé. Parfois plus concerné par le fait de tuer des loups-garous que par son équipe, il n’hésite pas à sacrifier certains membres du groupe pour atteindre ses objectifs. Il a été nommé chef de la troupe à la place de Würm dans des circonstances mystérieuses.

Würm est un veneur allemand venu exprès en Amérique pour chasser Notre Dame des Loups. Il fait partie d’une famille et d’une confrérie de veneur européenne dont il est le délégataire et l’héritier. Affublé de lunettes fumées, toujours bien sapé et propre, il sort de l’argent comme par magie à chaque étape de ravitaillement. On raconte qu’il a fait partie d’une troupe de théâtre et qu’il a été chef des veneurs avant de laisser sa place à Jack. En retrait, il influe sur les décisions du chef et joue le rôle de second et de fabricant de gris-gris.

Billy Winters est un cowboy du Texas maladroit mais fin tireur, un peu trop bavard quand il a bu, et qui a la cote avec les filles. Il s’est fait enrôler malgré lui dans l’équipe après avoir survécu à une attaque de loups garous grâce à ses talents de tireur. Il est plutôt satisfait de son sort même s’il aimerait qu’on se moque un peu moins de lui. C’est le plus jeune de la bande.

Evangeline est la seule femme de la troupe avant leur rencontre avec Waukahee. C’est une ancienne esclave noire qui a été sauvée par l’équipe d’une mise à mort, car elle organisait des combats de chiens clandestins. Mutique depuis la mort de son amant, elle dresse et soigne la meute de chiens des veneurs qui servent d’éclaireurs en cas d’attaque de Loups-garous. On dit qu’elle est un peu sorcière et qu’elle pratique le vaudou.

Enfin, Jonas est le fondeur du groupe. Ancien forgeron, il a laissé femme et enfants pour s’enrôler dans l’équipe. Il gère les armes de tous les veneurs et fond les balles en argent récupérées sur les loups-garous pour réaliser de nouvelles munitions. Il a un passé avec Evangeline et forme les nouveaux aux règles de la vènerie. C’est l’ancien du groupe.

Excepté Billy qui est le dernier arrivé en date dans l’équipe, puis Waukawee l’indienne qui les rejoindra plus tard, tous se connaissent depuis un moment. Ils ont vécu des aventures et ont parfois des rancoeurs tenaces ou des histoires de coeur bien cachées. Tous obéissent au code des veneurs et s’épaulent face aux loups-garous, au froid des périples en plein hiver, à la faim dans des régions désolées. Tous ont confiance en leur chef, mais en vaudra-t-il la peine ?

En conclusion : Adrien Tomas nous propose une uchronie très réussie sur la figure du loup-garou, mélangeant thriller et fantastique de manière intelligente. N’hésitez pas à rejoindre la troupe des veneurs pour une chasse dont vous ne sortirez pas indemne !

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Un thriller à la construction astucieuse (Partie Spoilers)

Le roman est un récit choral : à chaque chapitre correspond un personnage. Ici, chacun raconte l’histoire de son point de vue et fait ainsi avancer la narration.

Rapidement, un premier personnage meurt lors de la traque, et l’on comprendra qu’en plus de proposer un thriller où le danger est présent partout, l’auteur reproduit le schéma du fameux roman d’Agatha Christie : Les 10 petits nègres.

Chaque personnage commençant un chapitre se verra mourir à la fin. Comment ? Pourquoi ? Le mystère reste entier et va générer un suspense insoutenable pour le lecteur.

Entre histoires internes et manipulation de la Grande louve, les morts se succèdent et chacun va soupçonner l’autre dans l’équipe. Tensions et rancœurs du groupe vont remonter progressivement à la surface comme un lent poison, les éloignant de leur objectif premier.

La traque de la Grande Louve va aussi devenir une lutte pour la survie de chacun où l’on se méfie des bêtes mais aussi des hommes, jusqu’au dénouement final…

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Mini chroniques en pagaille #4 Spécial Hanami Book Challenge

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

Manabé Shima, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon Contemporain – Catégorie Fly me to Saitama

Résumé : Florent Chavouet a décidé de partir une île japonaise pendant deux mois afin de dessiner et d’en apprendre plus sur la culture japonaise. Comme l’archipel comporte plusieurs îles et îlots, il a jeté son dévolu sur celle de Manabé Shima, pas vraiment touristique. Ce sont ses aventures passées auprès de la communauté locale qu’il nous narre avec brio dans ce nouveau roman graphique que l’on pourrait aussi classer en guide touristique ou en récit autobiographique illustré.

Mon avis : J’avais beaucoup apprécié Tokyo Sanpô, lu lui aussi dans le cadre du Hanami Book challenge, qui parlait de ses aventures à Tokyo. J’ai carrément dévoré Manabé Shima qui apporte en plus un air de vacances estivales car il s’agit d’une île de pécheurs. On sent que l’auteur a beaucoup apprécié son voyage car il croque avec malice les nombreux membres de la communauté locale pour le moins atypiques : familles nombreuses, pêcheurs, petits vieux, tenancier de bar local, artistes, et même chats et poissons. L’île est très rurale et semble éloignée de tout, ce qui tranche avec la ville de Tokyo. On se prend vite au jeu des coutumes locales qui finissent souvent en barbecue communautaire, ainsi qu’à l’énumération des poissons en japonais ou la description minutieuse des intérieurs des maisons. Florent nous raconte aussi des anecdotes très amusantes sur des situations gênantes qui ont pu lui arriver pendant son séjour comme en premier lieu son problème pour trouver un logement ou se faire comprendre car il ne parle pas japonais. Il invente aussi des histoires humoristiques entre les gangs de chats de l’île ou la vie des poissons finissant en brochettes. On sent que les habitants ont vite adopté ce petit français qui dessine bien, au vu des histoires qu’il nous raconte. A travers la vie de l’île, on se rend aussi compte de l’attraction des villes pour ces îliens, dont la population a baissé de deux tiers, même si certains travaillent ailleurs et vivent encore sur l’île. Au niveau graphique, on retrouve des dessins au crayon de couleur superbement réalisés et détaillés de gens, des paysages, des animaux et des intérieurs de maison, nous permettant d’entrer dans l’univers de l’auteur et de vivre avec lui ce voyage. Même les légendes des illustrations et le récit chaotique écrit au crayon participent au charme de ce carnet de voyage qui sent bon les vacances d’été. J’ai beaucoup aimé la visite et cela m’a donné envie de visiter de petites îles japonaises même si je ne parle pas la langue. Mais après tout, si l’auteur s’est bien débrouillé pendant deux mois, pourquoi pas ?

Le jour de la gratitude au travail, Itoyama Akiko, éditions Philippe Picquier

Menu Japon d’Aujourd’hui – Catégorie Gambate !

Résumé : Il s’agit d’un recueil de deux nouvelles centrées sur le monde du travail du point de vue féminin et qui semble un peu autobiographique.

Dans la première nouvelle intitulée Le jour de la gratitude au travail, nous suivons une jeune chômeuse de 36 ans qui vit chez sa mère. La jeune femme vit très mal le fait d’être au chômage et quand sa voisine lui propose un rendez-vous pour un mariage arrangé, elle se sent prise dans un traquenard…

La seconde nouvelle s’intitule J’attendrai au large et évoque les relations entre collègues de bureau d’une jeune femme et d’un jeune homme, commerciaux dans la même entreprise. Le jeune homme décédé, revient hanter la jeune femme qui s’interroge sur ses choix de vie.

Mon avis sur la première nouvelle : C’est la première fois que je rencontre une auteure japonaise avec un langage aussi acide envers la société japonaise et le monde de l’entreprise. Son héroïne dénonce le fonctionnement machiste de sa société et l’on découvre que sa démission n’est autre qu’un licenciement abusif associé à du harcèlement sexuel. La position du personnage principal est également peu enviable dans une culture marquée par les hommes : à 36 ans, elle semble « périmée » vis à vis du mariage ou d’un nouveau poste dans une entreprise. L’auteure évoque en exergue une société où le travail devient plus difficile à trouver si l’on n’a pas de qualifications qui sortent de l’ordinaire ou si l’on s’éloigne de la voie tracée des jeunes filles convenables. Car Kyoko n’est pas ce qu’on peut appeler une jeune fille japonaise bien élevée et soumise : elle souhaite trouver un idéal dans son travail, quelque chose dont elle serait fière. Elle boit un peu trop aussi et s’emporte facilement. Et elle n’est pas assez désespérée pour épouser le premier inconnu venu pour échapper à sa situation. Cette rencontre arrangée met en lumière la volonté des anciennes générations d’aider les nouvelles mais avec leurs codes qui ne fonctionnent plus vraiment à notre époque. Elle apporte aussi un éclairage sur la bulle économique japonaise qui s’essouffle, avec des travailleurs dévoués à leur entreprise qui méprisent ceux peinant à retrouver un emploi. Pour résumer, une nouvelle au ton amer vis à vis de la société japonaise et surtout sur la manière dont elle traite les femmes.

Mon avis sur la seconde nouvelle : Toujours dans un style critique et cru, l’auteure nous emporte dans une autre nouvelle ayant pour sujet le travail au Japon. Ici il sera question des mutations dans les succursales de province et du premier travail pour deux jeunes commerciaux sortis de l’université. Futo et Oikawa arrivent ensemble à Fukuoka et s’intègrent plus ou moins facilement auprès de leurs collègues et de la société. L’auteure met l’accent sur les difficultés de Oikawa à se faire des amis auprès de ses collègues car elle apparaît toujours comme une étrangère, même si elle travaille d’arrache-pied dans l’entreprise. A l’inverse, Futo devient la coqueluche du service et va vite se faire une place même s’il n’est pas très consciencieux. Quand Oikawa sera mutée pour bons résultats, cela marquera un tournant dans leur amitié : les collègues de bureau sont-ils des amis ? A travers leurs parcours, l’auteure aborde la vie en entreprise et la bulle économique japonaise, avec la montée croissante des chantiers de constructions. Quand les chantiers cesseront avec la disparition de la bulle, cela rendra les conditions de travail difficiles : les employés devront se disputer des contrats pour pouvoir travailler. Pour résumer, une jolie histoire d’amitié en entreprise qui permet de découvrir le quotidien de jeunes travailleurs japonais au temps florissant de la bulle économique.

Chauds, chauds les petits pains ! et autres ragots du quartier, de Takita Yû, éditions Philippe Picquier

Menu Japon traditionnel – Catégorie Les cerisiers en fleurs

Résumé : Ce roman graphique relate des tranches de vie du quotidien du petit Kiyoshi, âgé de 10 ans, et de sa famille dans le quartier de Terajima à Tokyo dans les années 1940, jusqu’à l’attaque aérienne de Tokyo en 1945 qui détruit la ville. Ces épisodes sont basés sur la vie de l’auteur, Takita Yû qui a vécu à la même époque et dans les mêmes lieux, et tente à travers ces histoires de recréer l’atmosphère de l’époque.

Mon avis : Au premier abord, je n’ai pas du tout accroché à ces tranches de vie d’une autre époque ni au dessin de l’auteur dont les personnages aux têtes allongées m’ont fait penser à un des personnages des zinzins de l’espace. Mais après avoir lu la partie explicative en fin de livre sur la vie de l’auteur, j’ai été un peu plus éclairée sur le but de ces histoires. Takita Yû tente de nous faire revivre son quotidien pendant la guerre jusqu’à la destruction de son quartier. C’est un récit nostalgique d’une autre époque qui est maintenant révolue. Son héros, le petit Kiyoshi vit dans un quartier associé aux maisons de plaisirs avec de nombreux bars mais sous restriction à cause de la guerre : il y a des couvre-feu, peu de clients, de la corruption et des prostituées qui interpellent le client à chaque coin de rue dans des maisons closes. Ces dernières font parfois office de grandes soeurs de substitution pour Kiyoshi en lui offrant des cadeaux en échange de services. Les parents de l’enfant peinent à gagner de l’argent et tentent diverses solutions : faire travailler leur fille à l’usine, louer une chambre à un senior, etc… La guerre est vue du point de vue de Kiyoshi qui lui est plutôt insouciant : il ne pense qu’à manger, faire des bêtises, s’amuser à des jeux d’époque avec ses amis, et surtout à se cacher de sa mère qui le cherche toujours dans le quartier. Seule sa grand-mère est aimable et lui apporte un peu de réconfort. Pour résumer, l’auteur nous propose 6 histoires au fil des saisons jusqu’au bombardement, comme une parenthèse hors du temps, afin de nous faire entrer dans son passé et celui d’un Japon fort de sa résilience. Cela n’a pas été une lecture coup de coeur, mais plutôt une lecture instructive sur l’histoire du Japon.

Les cahiers japonais, Un voyage dans l’empire des sens, Igort, éditions Futuropolis

Menu Au temps des traditions – Catégorie Le sourire de la Geisha

Résumé : Premier volume d’une série de deux, ce roman graphique est à la fois un récit de voyage et un carnet intime de l’auteur qui nous propose de revisiter son passé d’illustrateur pour la maison d’édition japonaise Kodansha dans les années 1990 avec son manga intitulé Yuri. A ses anecdotes personnelles sur la culture japonaise, il évoque aussi le fonctionnement du monde de l’édition au pays du soleil levant et les différences avec l’Europe.

Mon avis : Un tome que j’ai moins apprécié que son deuxième volume consacré à la figure du mangaka. Igort nous emmène dans ses bagages direction le Japon pour travailler comme un forcené auprès de Kodansha. Si le rythme de production est soutenu comparé à une maison d’édition européenne, l’auteur ne s’en plains pas jusqu’à son « rite de passage » que je vous laisserai découvrir. Néanmoins, ce voyage s’avère une forme de méditation où il va prendre des habitudes, se mettre dans les pas de Osamu Tezuka ou Hokusai, rencontrer des figures connues comme Hayao Miyazaki ou Jiro Tanigushi avec qui il deviendra ami. L’ouvrage est parsemé de documents divers : anecdotes sous forme de BD mettant en scène l’auteur, des histoires illustrées associées à la culture du Japon ( les derniers jours d’Hokusai, la bataille de Osamu Tezuka pour imposer la reproduction de ses dessins à la photogravure et non plus à la main pour éviter des altérations des nez de ses personnages, un résumé du film l’Empire des sens basé sur la vie de Abe Sada…). Mais l’auteur glisse aussi des photos de ses rencontres, des pages façon carnet de notes écrites à la main et des illustrations de son manga Yuri. Un ouvrage très intéressant qui permet de découvrir le fonctionnement d’une maison d’édition japonaise : comment les japonais font avancer leurs histoires, accordent les désirs des fans avec les récits, etc… Un joli moment de lecture avec des illustrations très variées allant de la bd à l’estampe.

Les cahiers japonais, le vagabond du manga, Igort, éditions Futuropolis

Menu Au temps des traditions – Catégorie Le sourire de la Geisha

Résumé : Dans ce deuxième volume d’une série de carnets consacrés au Japon et à ses souvenirs d’illustrateur, Igort nous emmène une fois de plus dans un voyage initiatique sur les traces des mangakas japonais cette fois-ci. La période abordée est cette fois-ci l’année 2017, où il retourne sur les lieux qu’il a habité autrefois (cf son volume précédent), et rencontre à nouveau son ami Jirô Taniguchi.

Mon avis : C’est le volume que j’ai préféré des deux publiés par l’auteur pour plusieurs raisons. Moins centré sur la vie d’Igort, il aborde l’histoire de divers auteurs, mangakas et illustrateurs japonais ainsi que leur style. C’est un ouvrage parfait pour en apprendre un peu plus sur la littérature ou l’art du dessin japonais, sans tomber dans les gros livres didactiques. Igort évoque Matsuo Basho, Hokusai, Kawabata, Tamiki Hara, et Jirô Tanigushi en empruntant parfois le style de dessin de la personne citée. Il rapporte également sa visite de lieux connus ou inconnus au fil de son voyage, agrémenté d’anecdotes culturelles : Kanzawa la ville-musée, le thème des yokais dans les mangas, le monastère du mont Koya et ses cèdres rouges géants, les rochers mariés de Ise, le sanctuaire shintoïste de Nachi Taisha et ses touristes en tenue d’époque, Hiroshima et son musée du mémorial de la paix, le jeu vidéo loveplus pour les célibataires qui ne souhaitent pas s’engager, le dernier fabricant de papier de manière traditionnelle, etc… Comme le premier volume, l’ouvrage mêle des photographies anciennes et récentes, à des récits sous forme de bd, des pages de carnets de notes manuscrites et des illustrations magnifiques. Il se dégage une mélancolie de cet album, en lien avec la solitude de l’auteur qui pointe de temps à autre son nez dans ses notes. Un joli ouvrage pour découvrir le Japon sous un autre angle, plus personnel, pas mal culturel et surtout peu conventionnel.

Maneki-Neko et autres histoires d’objets japonais, Joranne, éditions Le Prunier Sully

Menu Au temps des traditions – Catégorie Les cerisiers en fleurs

Résumé : Dans ce livre entre carnet de voyage, bande-dessinée et ouvrage didactique, l’auteure-illustratrice nous explique l’origine et l’utilisation de divers objets japonais connus allant des figurines de culte en passant par les wc et des algues protégées.

Mon avis : J’étais déjà fan de Joranne car elle tient un blog sur les objets japonais, l’une de ses grandes passions, avec le dessin (souvent humoristique). J’ai donc sauté sur l’occasion pour découvrir son livre où l’on retrouve l’essence de son blog, documenté très sérieusement, et qui a dû lui donner du travail.

Je trouve assez originale son approche de l’étude de la culture japonaise par les objets et je me demande ce que cela donnerait si nous réalisions la même chose en France…

L’ouvrage se découpe en plusieurs chapitres comportant à chaque fois un objet. Il y a trois sections : les objets porte-bonheur (Maneki-neko, poupée Kokeshi, Daruma…), les objets usuels (Furin, Washlet, Kotatsu…) et d’autres objets ou traditions culturelles moins connues comme les marimos associés à la culture des Ainous.

Il n’était pas possible de parler de tout, alors je suppose que Joranne a dû réaliser une sélection des plus connus.

Pour chaque objet, elle raconte son histoire, parfois les diverses versions de son origine, où il est fabriqué, comment il est utilisé et si parfois il est associé à un rite particulier.

Le tout est agrémenté de dessins humoristiques assez joyeux avec un petit personnage la représentant, tel un commentateur, qui m’a bien fait rire à certaines pages ! (notamment la page 24 avec la prostituée).

J’ai adoré l’histoire des washlet, ces toilettes japonais électroniques qui ont su s’imposer avec une campagne publicitaire assez maligne. J’ai été très intéressée par l’histoire des poupées Kokeshi dont je n’avais qu’une vision partielle dans les boutiques de souvenirs françaises. Je suis très fan de l’histoire des Noren, ces tissus-enseignes que l’on tend devant les boutiques et qui ont plusieurs utilités. Et je n’ai toujours pas compris comment on insère l’encens en spirale dans le Katori Buta, cette figurine de cochon-encensoir qui sert à éloigner les moustiques (mais j’avoue que ça me fait travailler mon imagination).

Bref, un joli ouvrage à découvrir si vous souhaitez vous plonger dans la culture japonaise autrement que par des guides traditionnels, avec une étude sérieuse et documentée.

Voilà pour aujourd’hui au niveau de les lectures. J’espère que certains livres vous ont tenté.

Il ne reste que 15 jours avant la fin du challenge donc n’hésitez pas à partager vos lectures ou vos bilans du challenge.

Wasabi et sushi,

A.Chatterton

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Ecologie et folie technologique, Anthologie de nouvelles steampunk vol.1, éditions Oneiroi

Dans le cadre du Projet Ombre dédié à la découverte du genre de la nouvelle, et de mon projet personnel Parlons Steampunk sur la littérature steampunk, je me suis lancée dans ce recueil de 4 nouvelles de la jeune maison d’édition Oneiroi. Une jolie plongée dans des univers différents, souvent dystopiques, ayant pour thèmes l’écologie et les avancées technologiques désastreuses.

Mon avis sur le recueil

Le recueil regroupe 4 nouvelles issues d’un appel à textes de la maison d’édition Oneiroi, ayant pour thème l’écologie et la folie technologique. A noter que ce jeune éditeur est spécialisé dans la littérature steampunk.

Chaque nouvelle est écrite par un auteur différent et propose un univers totalement unique. Parmi eux, on note la présence Emmanuel Chastellière auteur des romans steampunk Célestopol et Célestopol 1922; ainsi que Romain d’Huissier auteur de la trilogie de fantasy urbaine Les chroniques de l’étrange. Les deux autres auteurs du recueil sont Francis Jr Brenet auteur de nouvelles de Fantasy et Audrey Pleyne, autrice en Science-Fiction.

De manière générale, le recueil est bien construit et forme un ensemble cohérent. Les nouvelles s’enchaînent de façon fluide et les univers, bien que différents apparaissent comme complémentaires. Chaque auteur a son propre style et nous plonge dans un genre différent : policier, uchronie, dystopie…

On voyage en Chine, sur la Lune, ou dans des univers utopiques possibles, avec toujours dans l’idée que les améliorations technologiques pour l’homme ne le sont pas forcément pour son environnement. Le recueil fait réfléchir, interroge le lecteur, fait sourire aussi. Une jolie entrée en matière thématique pour découvrir la littérature steampunk si l’on ne souhaite pas se lancer dans un gros roman.

Pour cet article, j’ai pris le parti de résumer chaque nouvelle et de vous donner mon avis dessus à chaque fois car il y a peu d’histoires, contrairement à un gros recueil.

Mon avis sur chaque nouvelle

D’amour et d’acier, Francis Jr Brenet

Résumé : Walter Dickens, fils d’une famille riche, vit dans un univers où le travail a été réduit en grande partie et automatisé avec la création d’automates appelés humainciers. Il vit dans un énorme îlot flottant tandis qu’en bas règne la pollution, les ordures et la culture de pommes appelée Amour et de lianes appelées Foudre. Les classes sociales ont été abolies en théorie, chacun mange à sa faim et porte au poignet une montre indiquant ses dépenses, réglées sur ses battements de coeur. Dans ce contexte idyllique, Walter est amoureux de Jeanne, une jeune fille pauvre des bas quartiers. Quand Jeanne disparaît brutalement en laissant un moment indiquant qu’elle le quitte, Walter tombe en dépression et va réaliser des découvertes surprenantes concernant son univers…

Mon avis : Cette nouvelle m’a beaucoup fait penser à la trilogie Carbone modifié de Richard Morgan (adaptée sur Netflix sous le nom d’Altered Carbon), au niveau de la construction de l’univers. S’il n’est pas question ici de vie éternelle, on réfléchit surtout aux inégalités sociales avec les riches vivant en dehors de la pollution, qui se comparent à des dieux, et les pauvres en bas avec la pollution et dans des conditions précaires. L’idée de la montre et des dépenses de chacun m’a aussi renvoyée au film Time Out, où le temps est devenu une valeur monétaire. Sans en dévoiler trop sur la nouvelle, je dirais qu’elle fait surtout réfléchir à un monde utopique où le travail ne serait pas une obligation pour tous, avec une possibilité de gommer les classes sociales. Elle invite aussi à se poser des questions sur la place des automates dans la société : objets animés, outils de travail ou de plaisir… ont-ils une âme, une sensibilité ? A l’inverse, les hommes sont-ils plus insensibles que les robots ? Ici, le thème de l’écologie est surtout lié à la pollution et à l’alimentation? avec la création d’une société qui n’aide pas à préserver l’environnement mais alimente le mode de vie des humains. Au niveau du rythme, le récit est plein de suspense et l’on va de rebondissement en rebondissements avec un personnage principal choyé qui découvre vite que l’univers qu’il connaît est un mirage. La fin de la nouvelle fait un peu froid dans le dos mais amorce une lueur d’espoir malgré tout. Je serais curieuse d’en découvrir un peu plus sur l’univers avec d’autres récits de l’auteur, même si la nouvelle le développe en grande majorité.

Beautés, Audrey Pleynet

Résumé : Maureen, jeune femme effacée et mal dans sa peau, travaille au ministère de l’écologie dans un Londres uchronique. Un matin, elle fait la rencontre d’une femme magnifique qui vient d’un salon de beauté. Cette vision éblouissante suffit à lui donner envie d’essayer ce salon pour elle aussi, susciter l’admiration de tous. Le premier essai est concluant : elle en sort métamorphosée et récolte de meilleurs dossiers au travail grâce à son apparence. Mais de jour en jour, elle va vite devenir accro à son apparence impeccable et va chercher améliorer l’environnement de la ville à son image : artificielle mais magnifique…

Mon avis : Cette nouvelle interroge sur la beauté et la confiance en soi. Si au départ, l’héroïne avait eu confiance en elle, elle n’aurait pas fréquenté le salon et n’aurait pas détruit l’environnement londonien. Oui, mais il n’y aurait pas eu d’histoire… L’auteure exploite parfaitement le culte de l’apparence avec ce Salon de beauté du futur, similaire à une cabine de chirurgie esthétique qui en plus vous coiffe, vous maquille et vous habille. Au fil du récit, on découvre que les collègues de Maureen acceptent plus facilement ses décisions parce qu’elle est belle. Et cela fait frémir ! Cela interroge alors sur la valeur qu’ils accordent aussi à l’apparence : les gens beaux seraient-ils plus intelligents ? En dehors du récit de l’héroïne, on frémit également face aux décisions qui sont prises pour « améliorer » l’environnement et qui vont à l’encontre de l’écologie : Tamise colorée et parfumée, animaux remplacés par des automates, arbres malades transformés en statues… Cela questionne la notion de naturel et d’artificiel, et le bien fondé de l’action de l’homme sur la nature. La fin de la nouvelle est triste mais prévisible autour du thème de l’addiction.

L’Homme sans rivage, Emmanuel Chastellière

Résumé : Mer Baltique, un jeune garçon issue d’une riche famille russe doit participer à un rite traditionnel de passage : le massacre de baleines, dauphins et phoques sur une plage après un rabattage par des pêcheurs. Le garçon participe à contrecoeur sous le regard dur de son père mais reste traumatisé par la journée sanglante. Des années plus tard, un pêcheur de baleines rencontre un riche duc russe sur la colonie lunaire de Célestopol suite à une demande particulière du Duc. Nikolaï a un projet fou et seul ce chasseur rustre pourra l’aider…

Mon avis : Le fait que la nouvelle contienne deux histoires qui au départ semblent sans rapport m’a un peu remplie de perplexité. Ce n’est qu’à la fin du récit que j’ai pu assembler les récits et trouver leur cohérence. Le sujet abordé ici est la préservation des animaux marins face aux traditions séculaires de la pêche intensive et du rite de passage évoqué plus haut. Mais aussi la colonisation de la lune par les hommes et son indépendance à venir vis à vis de la Terre. Encore une fois, les riches humains s’éloignent des problèmes de la Terre pour créer une nouvelle utopie sur une autre planète et « oublier » les problèmes de pollution de leur lieu de naissance. Le Duc Nikolaï, avec ses fêtes fabuleuses souhaite surtout gagner la sympathie du peuple et réaliser ses rêves plus philanthropiques en se tournant vers l’avenir. A l’inverse, le chasseur Erland préfère conserver les traditions séculaires, s’enrichir personnellement et rester dans le passé. Cette opposition entre les deux personnages est le reflet de celle que nous connaissons aujourd’hui vis à vis de l’écologie. A noter que cette nouvelle se situe dans l’univers de Célestopol, développé par l’auteur dans ses deux romans du même nom. Elle m’a donné envie de les découvrir alors que de prime abord, je ne suis pas portée sur la conquête spatiale, même rétro-futuriste…

Fengshui et vapeur de jade, Romain d’Huissier

Résumé : Chine uchronique, le maître-géomancien Ming Zhi est convoqué sur un chantier avec sa garde du corps Li Zhan pour enquêter sur des sabotages perpétrés par des fantômes ou des esprits malveillants. En tant que responsable du Feng Shui dans les environnements sacrés, il est habilité à déterminer si un chantier doit se poursuivre ou non, si les esprits d’un lieu sont trop perturbés par la modernité. L’enquête va l’emmener à s’interroger sur le commerce florissant de la jade rouge, utilisée ici comme nouvelle énergie dans des technologies avancées.

Mon avis : C’est ma nouvelle préférée du recueil. Elle m’a donnée envie de découvrir l’univers de Romain d’Huissier par la suite. J’ai apprécié le personnage de Ming Zhi avec son sens de l’humour et sa perspicacité digne d’un Hercule Poirot chinois. J’ai adoré Li Zhan avec son côté rustre et ses manières très libérées. Il est rare de voir un personnage féminin abordé sous le métier de garde du corps et la proposition est assez réussie. L’intrigue policière ressemble à un roman d’Agatha Christie : le final fait place à des rebondissements intéressants que l’on ne voit pas venir. L’univers aussi interroge avec l’utilisation de cette nouvelle énergie qui pousse les hommes à s’enrichir au détriment de la nature. Heureusement que Ming Zhi veille au grain ! Le thème abordé ici reste surtout le massacre des arbres et de la nature, avec les esprits qui y sont associés, au nom de la modernité. Une manière de réfléchir une fois de plus à nos actions environnementales. A noter qu’il s’agit d’un rare récit steampunk situé dans un environnement asiatique. Traditionnellement, les récits se déroulent plutôt à Londres à l’époque victorienne. Ici, la transposition est réussie avec brio. Je serais curieuse de lire d’autres enquêtes de ce duo d’enquêteurs dont la personnalité m’a beaucoup marquée.

En conclusion : Ecologie et folie technologique est une anthologie de nouvelles steampunk assez intéressante qui fait réfléchir sur sur nos actions vis à vis de l’environnement à travers des univers uchroniques. Si les styles et les univers des auteurs semblent différents, l’ensemble est plutôt homogène et se prête très facilement à la découverte de la littérature steampunk. De manière général, le ton global du recueil est dystopique mais la dernière nouvelle vous redonnera rapidement le sourire. Je vous recommande chaudement de découvrir ce recueil pour goûter un peu au steampunk, surtout si vous préférez les lectures courtes.

Publié dans Lectures

Mini-chroniques en pagaille de films et séries Spécial Hanami Book Challenge

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes derniers visionnages de séries et films pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des films ou séries vus…

Note : Pour cette chronique, je n’ai pas eu la volonté de créer une catégorie films ou séries spécialisée sur le blog car je ne propose pas souvent d’articles de ce genre. Il est donc catégorisé en rubrique Lecture au sens large.

Par ailleurs, la plupart de mes visionnages sont catégorisés dans le menu Japon d’aujourd’hui et sont disponibles sur Netflix ou Amazon Prime si vous souhaitez les retrouver.

Catégorie Fly me to Saitama (vie à la campagne, village, vieillesse)

Souvenirs de Marnie, Hiromasa Yonebayashi, Studio Ghibli, 2014 (Netflix)

Résumé : Adapté du roman britannique When Marnie was there de Joan Gale Robinson (réédité récemment par les éditions Monsieur Toussaint L’ouverture), ce film peu connu du studio d’animation Ghibli évoque une jeune fille envoyée à la campagne pour soigner son asthme. Vivant mal son adoption malgré une famille aimante, passionnée de dessin, elle va faire la rencontre de Marnie, une jeune fille qui vit dans la maison des Marais. Mais Marnie est un peu étrange : elle ne peut quitter sa maison et de jour, l’endroit est abandonné. Leur amitié grandissante va aider Anna, l’héroïne à sortir de sa timidité et à se reconstruire.

Mon avis : C’est un joli film sur la campagne japonaise plein de nostalgie et de moments contemplatifs. Les paysages sont magnifiques et d’autant plus quand ils sont croqués au dessin par l’héroïne. La bande son ajoute au côté nostalgique. Autant vous prévenir, ce n’est pas un film d’action ! Le thème de l’adoption est plutôt bien traité : Anna a peur que ses parents très présents l’aiment par obligation car ils reçoivent de l’argent pour s’occuper d’elle, à l’inverse de Marnie qui a des parents biologiques mais les voit trop peu. La tante et l’oncle d’Anna forment un couple aimant et amusant avec une éducation plutôt libertaire qui tranche avec les deux autres familles. Leur maison tout en bois est juste remarquable et s’inscrit dans les intérieurs de tous les films Ghibli où l’on aimerait passer du temps. Idem pour la maison des Marais qui a une touche européenne vue par les japonais assez exotique. Le mystère qui entoure Marnie ajoute un côté fantastique à l’histoire, trouvant une résolution logique en fin de film. J’ai été très émue de découvrir la vie adulte de Marnie et des rebondissements finaux. En résumé, un joli film plein de nostalgie qui parle d’adoption et d’amitié.

Catégorie Gambate ! (vie d’entreprise, harcèlement, racisme)

Kantaro, the sweet tooth salaryman, 2017 (Netflix)

Résumé : Adapté du manga Saboriman Ametani Kantarou de Tensei Hagiwara aux éditions Kodansha et non traduit en France, cette série TV de 12 épisodes de 30 minutes chacun évoque Kantaro, un commercial travaillant pour une maison d’édition renommée à Tokyo, qui est passionné de desserts. Ayant démissionné de son poste de programmateur pour devenir commercial afin de s’adonner à sa passion, il utilise son temps de travail pour manger des desserts une fois ses missions accomplies. Mais comme faire de pauses goûter est assez mal vu, il doit cacher son secret auprès de ses collègues afin d’éviter les ennuis. Mais la très curieuse Kanako a découvert un blog sur les desserts et elle est persuadée qu’il est tenu par Kantaro…

Mon avis : Encore une série japonaise sur la nourriture ! En tant que française et gastronome, je pense qu’il est normal de m’y intéresser, mais je ne m’attendais pas à autant d’engouement pour les desserts japonais ou français. Chaque épisode permet de découvrir un dessert par le biais de Kantaro, et à chaque fois, c’est l’extase devant les jolis plans mettant en scène le dessert. Un autre point fort est que tous les lieux présentés dans la série existent vraiment et si vous visitez Tokyo, vous pouvez les découvrir. J’ai moins apprécié certaines scènes qui relèvent de la comédie japonaise comme le fait que Kantaro a un orgasme quand il mange un dessert, ou qu’il voyage dans un monde très personnel avec des danses bizarres et des personnages avec des têtes d’aliments. Le thème du travail est sous-jacent à celui du dessert : est-il acceptable de s’adonner à son hobby pendant ses heures de travail si on est performant ? Pour une culture où le travail est une priorité, c’est difficilement acceptable et cela explique le soin que prend Kantaro à tout garder secret… même si au cours de deux épisodes il va conseiller à ses collègues commerciaux de s’adonner à leur passion pour être plus performant. Se détendre avec son hobby permettrait de mieux travailler ! A côté du travail, on ne peut qu’être admiratif aussi de la passion qu’ont les japonais pour un simple hobby. Kantaro tient un blog culinaire ce qui est une deuxième forme de travail mais il le fait consciencieusement et avec plaisir. Il a même changé de métier pour y consacrer plus de temps ! Une série à regarder pour le côté food porn et What the fuck japonais, autant que pour les réflexions qu’elle propose sur la valeur du travail au Japon.

Note : Cette série peut aussi s’inscrire dans la catégorie Tokyo by night pour le côté culinaire.

Tokyo Girl (guide), Yuki Tanada, 2016 (Amazon Prime)

Résumé : Depuis qu’elle est enfant, Aya a une vision fantasmée de Tokyo qui ne s’est pas arrangée en grandissant. Son rêve est d’y travailler et d’y vivre, elle a même dessiné tout son plan de vie dans cet objectif. Une fois adulte, le rêve se concrétise mais tout ne se passe pas comme prévu, car les rêves d’enfants se heurtent parfois à une réalité plus dure surtout quand on vient de la campagne et qu’on arrive dans une grande ville.

Mon avis : Cette série dramatique en 11 épisodes d’environ 20 minutes chacun, brosse le portrait d’une jeune femme de ses 23 ans à ses 40 ans qui s’efforce de vivre son rêve. Comme une française qui souhaiterait déménager pour Paris, Aya ne rêve que de Tokyo, d’y travailler, d’y vivre, de trouver un fiancé et d’avoir une carrière honorable. J’ai beaucoup aimé cette série qui m’a interrogée sur mes propres choix de vie car j’arrive à l’âge de la protagoniste à la fin des épisodes. Qu’est-ce qui rend heureux ? Est-ce de coller à son plan de vie ou de vivre le moment présent ? A côté d’Aya, on découvre la ville de Tokyo car à chaque fois que la jeune femme réussit professionnellement, elle change de quartier. Cela donne lieu à une très jolie ballade dans la capitale nippone associée à une micro-étude sociologique de ses habitants. Par ailleurs, la série explore aussi le thème des femmes dans la société japonaise : comment associer carrière et famille dans une société patriarcale ? Comment trouver un mari si l’on souhaite continuer à travailler et que l’on est financièrement indépendante ? Aya va participer à des dîners de rencontre à plusieurs, des speed datings, beaucoup douter d’elle-même, avoir peur de la solitude, et réaliser des choix difficiles sous la pression. Elle va aussi rencontrer plusieurs modèles de femmes qui vont l’influencer dans ses choix : l’éternelle célibataire, celle qui sort avec un homme marié, celle qui occupe un poste important mais a délaissé sa famille, celle qui se marie et arrête de travailler, celle pour qui le mariage est le but ultime de toute vie. Une série pépite sur ce qu’est être une femme au Japon aujourd’hui avec pour seul bémol des sous-titres en anglais car visiblement Amazon Prime ne l’a pas traduite.

Note : Cette série peut aussi entrer dans la catégorie Tokyo by night car elle permet une ballade dans la capitale.

Catégorie Souvenirs de lycée ( école, Light novel, adolescence, romance)

The many faces of Ito, 2017 (Netflix)

Résumé : Cette série japonaise de 8 épisodes de 24 minutes raconte l’histoire de Rio Yazaki, une scénariste à succès célibataire qui n’arrive plus à écrire de nouvelles histoires. A la sortie de son livre de conseils amoureux, elle donne une conférence à des jeunes femmes puis des séances de conseils personnalisés à quatre d’entre elles. La particularité de ces quatre célibataires est qu’elles ont toutes une histoire avec un dénommé Ito. Est-ce le même ? De fil en aiguille, Rio va se servir de leurs histoires pour écrire un nouveau scénario de série mais ce ne sera pas sans conséquences…

Mon avis : Il s’agit d’une série de romance entre drama et comédie qui explore le sentiment amoureux mais surtout les relations foireuses. A travers l’histoire des quatre jeunes femmes, ce sont plusieurs stéréotypes qui sont abordés : la femme qui sacrifie tout pour un amour non réciproque, la jeune vierge naïve, la nana qui fuit toute responsabilité et ne veut pas s’engager, la bimbo qui cherche l’amour mais collectionne les aventures d’un soir. Même Rio devient un cas particulier : la femme qui sacrifie l’amour pour son travail. Du côté des hommes, le mystérieux Ito va s’avérer être un parfait petit c** imbu de sa personne, mais trop timide pour s’engager dans une vraie relation. Mais on rencontrera aussi Kuzuken, qui collectionne les conquêtes alors qu’il est amoureux en secret d’une jeune femme, et le producteur de Rio qui préfère avoir une relation de travail avec elle plutôt qu’une relation amoureuse. L’amour n’est pas simple au pays du Soleil Levant ! J’ai beaucoup apprécié l’évolution des personnages au fur et à mesure de la série, ainsi que le côté esthétique des costumes et des décors. A côté de la romance, d’autres thèmes sont aussi abordés comme la réussite sociale et professionnelle avec le personnage d’Ito qui essaie de réaliser ses rêves sans y arriver, et Syuko qui met la barre trop haut et laisse les autres décider à sa place. Je n’ai par contre pas compris le générique qui semble montrer une série jeune et féminine centrée sur Rio mais qui s’avèrera plutôt orientée sur les quatre jeunes femmes.

Note : Cette série peut aussi entrer dans la catégorie Gambate ! concernant la notion de travail.

Catégorie Tokyo by night ( Mafia, gastronomie, prostitution, LGBTQIA+)

Samurai Gourmet, 2017 (Netflix)

Résumé : Inspiré du roman Le gourmet solitaire de Masayuki Kusumi, lui-même adapté en manga, cette série comique en 12 épisode d’environ 20 minutes chacun raconte l’histoire du timide Takeshi Kasumi, qui expérimente les joies de la retraite en redécouvrant le plaisir de manger des plats japonais. Mais par moments, son guerrier intérieur se réveille quand il se sent agressé ou mal à l’aise, ce qui donne lieu à des scènes assez cocasses…

Mon avis : Cette série met en scène deux thématiques : une présentation des plats simples japonais que l’on retrouve dans la plupart des restaurants nippon, ce qui donne lieu à une belle balade culinaire. Mais aussi, le cas concret d’un japonais à la retraite qui ne sait pas quoi faire de son temps libre après avoir passé sa vie à se dédier à son travail. Au début de la série, Takeshi a le réflexe de se préparer pour aller au travail, se croyant en retard, jusqu’à ce qu’il se souvienne qu’il a pris sa retraite. Si sa femme est toujours en vadrouille et sait s’occuper (yoga, chorale, shopping), lui n’a jamais envisagé ce qu’il allait entreprendre une fois à la retraite. Ancré dans ses habitudes, il n’a jamais pris le temps d’explorer son quartier en dehors de son trajet habituel de travail. Il va donc se lancer dans un voyage culinaire en essayant divers restaurants. J’ai beaucoup apprécié cette série car au-delà de son aspect culinaire, elle est très touchante. Takeshi n’est pas très valeureux. Il a aussi peur que sa femme le quitte et a peu d’amis. Cette nouvelle vie va être un défi pour lui et il va s’efforcer d’en apprécier chaque minute. Chaque plat, en plus d’être appétissant est associé à un de ses souvenirs personnels, comme une madeleine de Proust, ce qui apporte un côté nostalgique à la nourriture. J’ai aussi aimé le côté comique des épisodes avec le personnage du samurai qui apparaît par magie pour dire à la place de Takeshi ce qu’il souhaiterait réellement ou se faire respecter. Les différents restaurants proposés sont aussi intéressants car ils sont très différents, ce qui donne une palette assez riche des lieux qui existent au Japon pour casser la croûte.

Note : Cette série peut aussi entrer dans la catégorie Fly me to Saitama pour le thème de la vieillesse.

Big in Japan, Tokyo édition,  Lachlan McLeod, 2018 (Amazon Prime)

Résumé : Dans ce documentaire de 1h30, trois jeunes réalisateurs australiens proposent de découvrir comment devenir célèbre au Japon. Pour cela, ils décident de créer un personnage : Mister Jonesu / Onigiri-man et de rendre célèbre leur ami David Eliott-Jones. L’expérience va durer deux ans et leur permettre de découvrir d’autres personnalités étrangères célèbres au Japon : Bob Sapp un lutteur américain, Kelsey Parnigoni une idol américaine et Lady Beard un chanteur de métal australien.

Mon avis : Explorant l’attrait des japonais pour les étrangers et le bizarre, les réalisateurs nous proposent une expérience pour rendre un inconnu célèbre et y réussissent ! Partis avec David et son physique bizarre et dérangeant, ils vont lui faire faire tout et n’importe quoi mais aussi rencontrer des étrangers qui ont réussi au Japon. Car il est dit que si on ne réussit pas au Japon, on ne pas le faire ailleurs. Cependant, la route sera longue et difficile et on découvrira l’envers du décor qui n’est pas toujours rose : certains travaillent tellement qu’ils ne voient pas leur famille ou ne peuvent nouer de vraies relations avec les autres, d’autres explorent un rêve le temps de leur jeunesse, d’autres encore résolvent des problèmes personnels à travers un personnage qu’ils incarnent. David va tenter plusieurs approches, souvent assez ridicules jusqu’à se poser l’ultime question face à un énième défi farfelu : jusqu’où est-on prêt à aller par envie de célébrité ? Un documentaire très intéressant pour découvrir un pan de la culture japonaise associé à leur vision des étrangers et du divertissement.

Voilà pour mes découvertes en séries et films japonais pour le moment. J’ai encore d’autres livres et films à regarder d’ici le 30 juin et la fin du challenge. D’ici là, j’espère vous avoir donné envie de vous immerger encore un mois dans cette culture fascinante.

Yakitori et macha,

A.Chatterton.