Publié dans Questions existentielles

Service presse or not service presse : pourquoi j’ai arrêté d’en demander.

Quand j’étais chroniqueuse pour French-Steampunk.fr ou Portdragon.fr, il m’est arrivé de recevoir ce qu’on appelle des Services Presse, autrement dit, des livres gratuits envoyés par des maisons d’édition soucieuses d’assurer leur promotion auprès des lecteurs. Depuis que j’ai commencé Les tribulations de Miss Chatterton, j’ai arrêté d’en demander. En voici les raisons…

Un service presse peut être une contrainte

Entre le moment où vous recevez le livre et le moment où vous publiez votre avis dessus, il faut maximum un mois.

Pourquoi un mois ? Parce que chaque jour, d’autres livres sortent en librairie, faisant oublier ceux de la veille. Le seul moyen pour un éditeur de mettre en avant sa publication est d’avoir pas mal de critiques dessus sitôt le livre en rayon. Sinon, pour lui, cela n’en vaut pas la peine.

Or, même s’il m’arrive de dévorer du livre pendant la semaine et pire, pendant mes vacances, je suis plutôt lente à l’écriture. J’aime réfléchir à ma lecture, livrer l’essence du livre, ma compréhension de l’histoire, mon interprétation, créer des liens avec d’autres lectures… et cela prend du temps.

Un mois, c’est tenable, mais peut-être que je n’aurai pas envie de lire le service presse au moment où je le reçois, parce qu’un autre roman m’attire.

La lecture et l’écriture pour ce blog restent un plaisir, et m’imposer des « devoirs » ne m’intéresse pas.

Alors, certes cela ne fait pas de moi une blogueuse tendance qui propose des livres récents toutes les semaines, mais cela m’est égal. Mon but est de vous faire part de mes découvertes, pas de suivre les dernières parutions littéraires.

Une forme de travail déguisée 

J’esquisse ici une théorie selon laquelle les blogueurs assument le rôle de commerciaux littéraires… rémunérés en livres par les éditeurs. (oui, je cherche à le faire taper sur les doigts).

Il est difficile pour certaines maisons d’édition de réaliser de la publicité autour de leurs dernières sorties, ou de posséder un budget suffisant pour le faire. Les blogueurs littéraires et autres booktubeurs apparaissent souvent comme un bon moyen pour réaliser cette publicité sans que cela leur coûte beaucoup.

Un livre gratuit, ce n’est parfois pas cher payé en échange de visibilité.

J’ai souvenir d’un concours des éditions Bragelonne une année, pour devenir « ambassadeur Bragelonne ». En gros, le gagnant avait accès pendant an a des livres gratuits, des rencontres avec des auteurs de la maison d’édition en vue d’interviews, et surtout la possibilité de voir ses avis de lecture mis en avant. J’appelle cela un stage non rémunéré déguisé.

Alors, certes dans le service presse, l’avis du blogueur lui apporte autant que à l’éditeur au niveau visibilité : en plus de gagner un livre gratuit, il accède à un livre récent, et parfois il est le premier à en parler. Et toutes les maisons d’édition ne sont pas des monstres, elles sont là pour vendre, c’est tout.

Je soulève juste l’idée qu’il s’agit d’une forme de travail, même si cela relève du hobby, que d’écrire des avis sur des livres, surtout s’ils sont lus et influent sur l’achat d’un ouvrage. Rappelons que le métier de critique littéraire existe encore.

J’ai les moyens de me payer des livres

J’ai parlé à plusieurs reprises du coût des livres et de ma radinerie.  Mais je tiens à préciser que j’ai les moyens, en tant qu’adulte disposant d’un salaire, d’acheter mes livres.

Et de choisir ceux dont je vais parler, en sortant du panel des services presse auquel je pourrais avoir accès.

Par ailleurs, quand j’étais bibliothécaire, j’avais le gros avantage d’avoir à ma disposition plus de livres qu’un lecteur lambda. Donc, pourquoi se cantonner seulement aux services presse?

J’ai envie de rémunérer les auteurs

La culpabilité de posséder un livre qui n’a pas été payé me donne presque envie de le rendre à l’auteur quand je vais à un salon. (si, si, j’y pense encore quand je vais aux Imaginales).

Déjà qu’ils ne gagnent qu’entre 6% et 14% du prix TTC d’un livre, si en plus ils donnent leur oeuvre gratuitement en échange de pub, je trouve ça exagéré.

En général, je donne mon service presse à la bibliothèque. La bibliothèque est censée reverser une sorte de taxe en lien avec ses droits de prêts, à une caisse des auteurs, pour les livres qu’elle achète tous les ans. Les données sont croisées avec celles des libraires à qui elle commande ses livres. L’Etat reverse aussi un montant lié aux inscrits en bibliothèque toujours en lien avec cette caisses des auteurs. (Je mets l’explicatif barbant ici, si cela vous intéresse).

Alors, techniquement mon service presse n’est pas acheté par la bibliothèque, mais j’ai bon espoir, quand c’est une série, que la suite soit demandée par un lecteur, et qu’elle soit achetée. Et puis, les collègues ne crachent pas sur des livres récents et neufs en littérature de l’imaginaire. Cette dernière est très peu développée en bibliothèque parfois par manque de professionnels connaisseurs ou tout simplement motivés, ou ce n’est pas une priorité budgétaire. Alors, si je peux aider à rafraîchir une collection de SF ou Fantasy vieillissante et faire venir des lecteurs, pour moi c’est bingo !

Le danger du côté gratuit

Quand tous les mois, on vous envoie un email pour vous indiquer les livres à paraître, vous êtes forcément tenté, comme dans toute bonne société de consommation, de prendre ce qu’on vous propose.

Quitte à avoir les yeux plus gros que le ventre et ne pas pouvoir tenir vos délais de publication et de lecture.

Cela m’est arrivé une seule fois, avec L’échiquier de Jade d’Alex Evans. J’en ai honte, mais cela fait au moins un an que je l’ai reçu pour le site Portdragon.fr, et je l’ai chroniqué seulement il y a deux semaines. Pire ! Trois mois en amont, j’avais donné mon avis sur le livre suivant de cet auteur, paru en 2019 (la méga honte !). Bref, je me suis dit que ce n’était pas correct du tout envers l’éditeur d’avoir reçu le livre gratuitement, donc, malgré le retard, j’ai fait le boulot.

Les éditeurs qui finalement ne publient pas ta critique

Cest rare, mais il arrive que je rédige un avis sur un livre qui n’est pas republié ensuite par l’éditeur à l’origine du service presse. Jusqu’à présent, j’ai mis cela sur le compte de mon faible niveau d’écriture et cela m’a poussé à progresser.

Après, tout éditeur a le droit de publier ou non ce que je propose.

Je ne lui en tient pas rigueur vu qu’il m’envoie un livre gratuit (faut pas exagérer ! ), mais cela peut faire mal au coeur pour un blogueur espérant une retombée positive sur ses statistiques de fréquentation de blog.

La pression sous-jacente pour réaliser une critique positive

Je n’aime pas critiquer négativement un auteur juste pour le plaisir de d’indiquer que son livre est nul. D’une part c’est mon avis personnel…et subjectif.

D’autre part, j’estime qu’il y a toujours quelque chose de positif à dire sur un livre, même s’il ne m’a pas plu.

Par ailleurs, s’il est publié, c’est qu’un éditeur a dû déceler son potentiel.

 Donc, j’ai pour principe, si je ne trouve pas un livre très bon, soit de ne PAS en parler, soit de relever quand même les quelques qualités que j’ai pu lui trouver dans mon avis. Mais dans tous les cas, je reste honnête quoi qu’il arrive.

Parfois, je ne trouve pas de choses positives à dire, car le livre fait écho à mon vécu ou à une autre lecture.  Le premier roman ne sera pas à la hauteur du second ou il lui ressemblera trop.

Pour revenir au service presse, même si cela n’est pas formulé de manière explicite, l’éditeur espère toujours une critique positive. Je préfère éviter l’embarras de cette situation ou de trop édulcorer mon avis par souci de plaire. Je ne veux pas faire de fausse publicité.

J’aime choisir les maisons d’édition dont je parle

Vous avez peut-être dû le constater, mais je suis très fan de deux maisons d’édition de l’imaginaire : Les éditions du Chat Noir et Les éditions ActuSF.

Cela est dû au fait que j’apprécie leurs publications et que j’aime promouvoir des petites structures. Les importants éditeurs ont déjà bien assez de ventes comme ça et les moyens de se faire de la publicité. C’est un parti pris de ma part, et j’espère continuer à le faire avec d’autres maisons d’éditions.

Je ne reçois rien en échange, si ce n’est des commentaires des auteurs sur mes publications qui me font bien plaisir.

Admettons que vous recevez une proposition de service presse sur un livre qui ne vous intéresse pas ? Allez-vous l’accepter quand même ? Moi non, je préfère éviter le malaise.

Pour conclure sur le sujet, je dirais que je reste ouverte aux services presse, mais avec circonspection. Si j’ai une demande d’une maison d’édition, j’indique toujours que je resterai honnête vis à vis du livre, par respect pour mes lecteurs, et que je publierai de mon côté ma critique qu’elle convienne ou non.

J’estime que le blog reste une activité de loisir et non une course à la notoriété. Si vous êtes blogueur débutant, posez-vous les bonnes questions avant de demander des services presse, et avisez en conséquence…

Cet article m’a été inspiré d’un autre sur le même sujet écrit par Hailey et Brooke de Abookafterbook. Si cela t’intéresse, n’hésite pas à aller visiter leur blog 😉

Papier et crayon,

A.Chatterton

Publié dans On joue ?

Bilan du challenge lecture L’épreuve des Stratèges avec le #PLIB2020 et la suite de mes aventures de jurée #4…

Passé les vacances de Noël, j’ai voulu faire un point sur le mini-challenge auquel j’ai participé en lien avec le Prix littéraire de l’imaginaire Booktuber App (ou PLIB2020) et vous raconter la suite de mes aventures en tant que Juré PLIB 2020…

Un mini-challenge de 15 jours, c’est plutôt hardcore !

Une fois n’est pas coutume, j’ai encore été trop ambitieuse. Le challenge durait 15 jours, du 16 au 29 décembre 2019. Et, me croyant super forte, j’ai décidé de commencer à lire mes 5 livres sélectionnés… 4 jours après qu’il ait commencé !

Dans ma petite tête de procrastineuse,  je m’étais dit que j’avais le temps, vu qu’en plus, je restais chez moi pour les fêtes.

ERREUR FATALE ! Il faut toujours commencer un challenge dès le premier jour, sinon pour rattraper le retard, cela devient un readathlon !

Me voilà partie à lire mes deux premiers livres confiante, engloutissant chapitre après chapitre, comme de délicieuses pâtisseries. Au bout d’une semaine, j’ai eu un coup de mou et j’ai commencé à faire des siestes en journée. Bah oui, lire fatigue les yeux !

Arrive l’avant-dernier jour, et je me rends compte qu’il reste encore un livre à lire et ce n’est pas le plus simple : Les voiles de Frédégonde de Jean-Louis Fetjaine, un roman historique bien dense ! Je commence à regretter mon choix au vu du temps restant et je vais voir où en sont mes camarades Mages dans leur défi sur le Discord dédié à ce challenge.

Et là ! Miracle, survient une règle qui me sauve la mise : On peut valider son challenge si on a lu au moins 75% du dernier livre ! La lecture de cette histoire à l’époque mérovingienne devient tout à coup moins indigeste et je me promets pour le prochain défi lecture de commencer par les romans les plus denses.

Au final, je suis venue à bout du challenge et j’ai pu envoyer mon formulaire de validation pour faire gagner 6 points à mon équipe : 1 par livre et 1 bonus car j’avais lu un livre du PLIB 2020, L’apprentie Faucheuse de Justine Robin.

J’ai terminé de lire mon dernier roman deux jours après le challenge (comme quoi, commencer de lire dès le premier jour ça compte !).

Les résultats sont tombés le 2 janvier : On est deuxième dans l’équipe des mages, mais rien n’est perdu, il reste l’épreuve des alliés pour gagner des points en février !

Mon nouveau hobby : les livres numériques !

Pour ce challenge, j’avais décidé de lire un ebook pour la première fois, en vue d’économiser l’achat d’un livre. Et cela a été une sacrée découverte !

Moi, l’amoureuse de l’objet-livre et du papier, je me suis vite prise au jeu de l’électronique, d’autant que j’ai un nouveau super-smartphone-de-la-mort-qui-tue. Mais les débuts ont été plutôt laborieux.

J’étais en train d’essayer en vain de télécharger L’apprentie Faucheuse sur mon téléphone quand j’ai décidé de lancer un SOS sur le Discord du jury PLIB. Heureusement, quelqu’un de sympathique est venu à mon secours (on a vraiment une super communauté) et j’ai découvert la magie de Google Play Books !

Certes, il existe d’autres applications, et Google enregistre toutes vos données, mais comme mon nouveau smartphone est un Google-phone,  je me suis dit qu’au point où j’en étais, autant utiliser une appli déjà installée. (Flemme quand tu nous tiens…)

Et là, s’est ouvert à moi un monde de possibilités : fini le transport du bouquin dans le sac, il est sur mon smartphone ! Fini l’achat de livres, j’ai des ebooks gratuits du PLIB et en bonus, je peux transporter ma bibliothèque sur moi et lire à tout instant.

Ma seule limite ? La batterie dudit téléphone. Mais à part ça, je me suis habituée à l’écran (qui n’est pas si petit), au fait de tourner les pages avec le pouce et surtout, je trouve ça plus pratique dans le métro.

Et oui ! Avant, dans le métro, je sortais mon livre papier de mon sac, j’essayais de me faire une place entre un coude et un dos, et je lisais. Maintenant, hop, une main suffit !

En plus, pas besoin de marque-page ! On reprend là où on a arrêté l’application.

Le seul bémol que j’ai trouvé pour le moment, c’est évaluer le nombre de pages restantes. Il y a bien une jauge, mais je me fais avoir à chaque fois.

Et vous allez rire, mais j’ai encore un vieux réflexe du livre papier : quand je ne me souviens plus du titre ou de l’auteur, je retourne mon téléphone… sauf que la première de couverture n’est pas dessus…(Facepalm)

Quoi de neuf côté PLIB ?

Pour lire les 20 romans sélectionnés avant le vote de février pour nos 5 chouchous, j’ai accès à des livres voyageurs et des ebooks (comme évoqué précédemment).

Pour les livres voyageurs, il faut s’inscrire sur une liste. Le but étant que les livres circulent entre les membres du jury. On ne peut prétendre à un livre si on n’a pas rendu un autre livre avant. L’envoi postal reste à nos frais.

Comme j’ai souhaité réaliser des économies (les livres ça coûte cher), j’ai privilégié les ebooks et je pense me réinscrire à la bibliothèque.

Cela a été un long débat avec moi-même, mon porte-monnaie, et mon conjoint car j’avais promis de ne plus acheter de livres avant d’avoir terminé ceux que j’ai déjà à la maison. Se réinscrire à la bibliothèque signifie s’éloigner de cet objectif, mais en même temps, ne pas acheter de livres. Donc, le compromis est de n’emprunter que les livres du PLIB. On est accro à la littérature ou on ne l’est pas…

L’info du jour est que la date pour le vote final a été avancée de 15 jours car… nous avons été invités à rencontrer trois des auteurs à la  librairie Furet du Nord à Lille le 22 février !

Habitant Lyon, je ne compte pas y aller car c’est trop loin, mais je suivrai certainement le live et je vous enverrai le lien sur la page Facebook du blog. Si vous habitez dans le coin, n’hésitez pas à vous y rendre. C’est à 15h et Anthelme Hauchecorne, Georgia Caldera et Louise le Bars seront présents pour une dédicace.

Ce changement de calendrier m’oblige à revoir ma stratégie de lecture des 20 titres en lice et surtout des 5 finalistes pour mieux décider ou confirmer mon choix.

Je pense lire un maximum de titres courts, dont en priorité ma sélection personnelle, et lire les critiques des autres membres du jury des livres sur lesquels je n’aurai pas le temps de me pencher.

Je réaliserai également des critiques des livres lus de mon côté pour vous donner une idée de la sélection. 😉

Marque-pages et chocolats,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Realm of Broken Faces, Marianne Stern, éditions du Chat Noir

Toujours sur la lancée du Mini-Challenge de Noël, ou Epreuve des Stratèges du Plib, j’ai voulu terminer la trilogie des Récits du Monde Mécanique et retrouver Maxwell et Jérémiah, les frères jumeaux de cet univers steampunk dark à souhait. Après Smog of Germania et Scents of Orient, voici Realm of Broken Faces, le Royaume des Gueules cassées, où prédominent la boue, le sang et le métal…

Résumé : Automne 1917, Nord-Est de la France. La Blitzkrieg du Kaiser a dévasté les environs, mais une petite communauté de malfrats règne désormais sur ce no man’s land. À sa tête, Monsieur, chef auto-proclamé. Un personnage à la gueule cassée, lunatique et mystérieux. Comme on dit aux alentours, personne ne sait qui il est véritablement et d’ailleurs, tout le monde s’en fout, d’autant plus que l’ignorance est gage de survie. Le Quenottier, armé de sa fidèle pelle, suit cette ligne de conduite sans dévier d’un pouce. Il a bien d’autres ennuis à gérer que les lubies de Monsieur. À commencer par cette mioche, débusquée dans les vestiges des tranchées, bien décidée à lui pourrir la vie… Entre corbeau agaçant, Veuve acerbe et gamine insupportable, qui aura les nerfs du vieux Quenot’ ?

Mon avis :

Compliqué de parler de ce livre sans vous dévoiler certaines intrigues. Par conséquent, j’ai pris le parti de réaliser un paragraphe Spoiler après la conclusion pour mes remarques concernant des certains éléments de l’histoire. Ils sont à lire de préférence après la lecture du livre, mais c’est vous qui voyez…;)

Un hommage aux gueules cassées

Ce dernier tome nous emmène dans une France uchronique où La Première Guerre Mondiale aurait été gagnée par le Saint Empire Germanique. La France a capitulé, et le bon vieux Clémenceau doit faire face à un nouvel Empereur inexpérimenté et tyrannique.

Après le partage des terres, est resté une zone qui n’appartient à aucun des deux camps, un village à moitié souterrain d’irréductibles gueules cassées, géré d’une main de maître par un mystérieux orfèvre, mi-homme mi-robot : Monsieur. C’est là que vit Le Quenottier, personnage principal de notre histoire, qui va prendre part malgré lui à des événements qui le dépassent.

Marianne Stern nous propose de vivre le quotidien de ces renégats des deux camps, dont le retour à une civilisation est impossible. La plupart sont des gueules cassées, comme La Carne, à qui il manque le nez, d’autres des meurtriers ou des voleurs. Il vivent de larcins, récupérés sur les corps des soldats tombés dans les tranchées comme Quenott’ qui défonce les têtes des cadavres à coups de pelle pour récupérer les dents en or.

Pour compléter le tableau, au vu des fréquentes attaques des allemands et français pour récupérer ce territoire, Monsieur a réalisé une petite armée de zombies mécaniques à partir des soldats morts et d’armes de fortune. Fantoches à la gueule défoncée, ils effraient les soldats et sont discriminés par les renégats, ce qui fait ironiquement d’eux les gueules cassées des gueules cassées.

L’auteure ne nous épargne aucun détail pour mieux nous plonger dans l’horreur du quotidien : la boue des tranchées, les odeurs atroces des excréments ou des morts, les soldats-robots en décomposition, les corps mangés par les rats, la pourriture…Mais aussi l’effet de la guerre sur certains hommes avec des scènes de cannibalisme et de folie meurtrière. Âmes sensibles s’abstenir !

Derrière ce noir tableau, se dessine une critique de la société d’après-guerre qui éprouve des difficultés à réintégrer ces soldats défigurés ou marqués psychologiquement. Ces derniers ne se sentent plus vraiment légitimes à avoir une vie normale, comme si la guerre et la violence étaient devenus leur quotidien. En cela, les robots-zombies semblent une bonne métaphore de ces hommes déshumanisés.

La place des femmes dans un monde dominé par les hommes

A travers le récit, nous allons rencontrer plusieurs figures féminines qui s’efforcent de s’adapter à la Guerre de différentes manières. L’auteure donne enfin du relief à ses personnages féminins contrairement aux tomes précédents qui privilégiaient les hommes. Mais cela ne va pas sans heurts car elles ont toutes un grain.

Il y a tout d’abord Murmure, ou la Greluche comme dit Quenott’. Une gamine des rues à la gouaille insolente, au caractère bien trempé et aux manières étranges sortie de nulle part. La môme n’a peur de rien, ni de jouer avec une mitraillette, ni de manger de l’allemand. Elle va jouer un rôle important dans le récit, collée aux basques du Quenottier. On peut dire qu’elle est une gamine issue de la guerre, qui se bat pour survivre.

A l’inverse, La Veuve, aristocrate recueillie par Monsieur a une liberté limitée : elle est prisonnière du camp. Outre un caractère bien trempé, elle ruse pour rejoindre la civilisation, étant peu faite pour cette vie de rebelle. Son but est de retrouver un ancien amour perdu. Sa motivation reste l’amour et l’espoir.

Victime de la guerre, Satine est l’une des prostituées du camp. Elle aspire à une vie normale sans avoir à écarter les cuisses. Elle est prisonnière de l’Allemoche, maquerelle allemande qui profite du conflit pour la vendre autant aux soldats qu’aux renégats. Son but est de s’enfuir pour fonder une famille et retrouver sa liberté.

Enfin, Meike incarne la femme qui s’efforce de s’intégrer dans le monde des hommes. Elle est la capitaine du vaisseau amiral allemand dans lequel va prendre place l’Empereur pour une ultime reconquête de ce No man’s Land. C’est une personne intègre, respectée de ses soldats mais qui méprise la misogynie et la faiblesse du jeune empereur dont elle va abuser. Elle souhaite être considérée à l’égale d’un homme mais a tendance à se comporter comme un homme, avec les travers qui l’accompagnent.

Pour résumer, Marianne Stern présente des personnages féminins forts, loin des clichés de la demoiselle en détresse. Et cela vaut mieux pour elles, car à moins d’un sale caractère ou d’une grande intelligence, cet univers de violence ne leur fera pas de cadeau.

Une magnifique conclusion des Récits des Mondes mécaniques

Ce dernier tome, plus noir que les précédents  rassemble l’ensemble des protagonistes des récits antérieurs : Jérémiah l’Exécuteur de l’Empereur, Maxwell son frère contrebandier, Bellecourt l’espion sans maître, mais aussi Viktoria et son frère Joachim le nouvel empereur.  Ces derniers trouveront chacun une évolution inattendue et un destin à la hauteur de leurs actions. Je vous conseille, pour une meilleure compréhension de l’histoire, de lire les tomes précédents.

Pour rythmer le récit, l’auteure a choisi d’alterner les points de vue. On note principalement le récit de Quenott’ sur les actions à l’intérieur du camp, celui de Meike et de Joachim dans le ciel avec les zeppelins, et celui de Bellecourt naviguant entre les deux camps, à bord du vaisseau l’Hélébore. Cette technique permet d’avoir une vue d’ensemble de la situation dans les deux camps depuis le sol…et les airs !

En effet, si 50% du récit a lieu dans la boue des tranchées et du camp, l’autre moitié du temps, l’action se situe dans des aéronefs ou des zeppelins. A ce sujet, Marianne Stern nous épargne certains détails techniques barbants. La seule différence notoire entre cet univers et le nôtre est que l’ensemble de la flotte allemande carbure aux diamants, invention de Maxwell, évoquée dans Scent of Orients.

Comme le récit principal est tenu par Quenott’, le style prête à sourire car il s’exprime avec une gouaille et un vocabulaire amusant et immersif, proche des titis parisiens. A tel point qu’il contamine les titres des chapitres, dont voici un petit florilège : Boboche sauce au poivre, Lorsque l’Aristoche entre en scène, etc…

Quant aux rebondissements, accrochez-vous bien ! Entre la mystérieuse identité du chef des renégats et de la Veuve, l’objet de la présence de Murmure au camp, le destin de Quenott’,  le conflit pour récupérer ce bout de terrain paumé dans les tranchées, et les compétences de dirigeant du nouvel empereur… vous irez de découvertes en découvertes, le tout dans un brouillard inquiétant et de la boue immonde à souhait. Marianne Stern a écrit l’histoire sur du Rock et du Metal, (elle donne sa playlist à la fin si vous souhaitez lire en musique), et cela se ressent sur le rythme de l’histoire.

En conclusion : Un roman plus noir que les précédents portant un regard humain sur les gueules cassées, et critique sur la folie de la guerre et l’illusion de l’amour. On sent l’auteure réconciliée avec ses personnages féminins en les confrontant à la réalité pour leur faire perdre leurs illusions et cela est plaisant à lire. Une conclusion soignée à deux récits qui l’étaient tout autant.

.

.

.

.

.

.

Partie SPOILERS

J’ai souhaité revenir sur trois éléments que j’ai trouvé particulièrement réussis mais que je ne pouvais évoquer sans vous raconter la fin.

Tout d’abord, la manière dont Marianne Stern fait évoluer la psychologie de ses personnages m’a beaucoup impressionnée. Jérémiah, l’Exécuteur sans pitié, révèle sa nature faible et humaine, à l’inverse de Maxwell qui sombre dans la folie meurtrière. Joachim devient aussi tyrannique que son père sans en avoir pour autant les compétences. Viktoria, d’abord effacée en début d’intrigue, devient furibarde puis prend enfin sa place à la fin du roman. Rien ne supposait au départ qu’ils allaient finir de cette manière, à croire que la Guerre les a changé.

Ensuite, j’ai fortement apprécié ce non Happy Ending au sujet du triangle amoureux entre Viktoria, Jérémiah et Maxwell. Enfin un auteure qui sabote les sacro-saintes histoires d’amour heureuse avec des enfants ! J’étais presque soulagée tant je trouvais Viktoria cruche et peu digne d’intérêt. J’ai trouvé que ce final apportait de la profondeur à ce personnage et en même temps, laissait entrevoir une relation presque incestueuse entre les deux frères. C’était très bien joué.

Enfin, je reste sur ma faim (sans mauvais jeux de mots) avec le personnage de Murmure, dite La Greluche. S’agit-il d’une orfèvre elle aussi ? Comment communique-t-elle avec les autres ? Quand elle évoque des esprits telles des fenêtres, je n’ai pas trouvé cela très clair. Est-elle télépathe ? Si oui, pourquoi son don ne fonctionne pas avec tout le monde ? J’aurais aimé plus de développement sur ses origines et ses capacités. J’espère sincèrement un spin off de la série centré autour d’elle car malgré son côté inquiétant, elle est très attachante.

Tu as envie d’en savoir plus sur l’Epreuve des Stratèges et de lire mes autres chroniques sur les livres lus pour ce challenge lecture ? Va dans la rubrique Lecture avec le Hashtag #Epreuvedesstratèges ou retourne sur mon article de jurée du PLIB #3 qui évoque ce défi. 😉

 

Publié dans Lectures

L’apprentie Faucheuse, Justine Robin, édition Le Héron d’Argent (Tome 1)

Dans le top 20 des sélectionnés du PLIB 2020, L’apprentie Faucheuse m’avait tapé dans l’oeil pour son intrigue et son côté espiègle. Je l’ai donc lue dans le cadre de l’Epreuve des Stratèges pour valider la catégorie « C’est la fin ! » et son personnage de la Mort. Voici ce que j’en ai retiré…

Résumé : « Aujourd’hui, je suis morte. » Amélia Pratt était une simple domestique, pauvre et sans avenir. Mais par une froide nuit d’hiver de l’année 1850, un homme la précipite dans la mort. Elle renaît alors sous les traits de Red Death, l’une des sept petites faucheuses. Désormais, son rôle est de pourchasser les esprits errants et les fantômes. Et à ce petit jeu-là, elle est la meilleure ! Pourtant, elle n’a pas choisi l’Ankou le plus docile pour la seconder dans sa tâche. En effet, le beau Rain n’est autre que son propre meurtrier, désormais contraint de lui obéir pour l’éternité… Entre complots, dangers et trahisons, parviendra t-elle à accomplir son rêve : devenir la prochaine Grande Faucheuse du Sanctuaire de la Mort ?

Mon avis :

Un univers captivant mais pas morbide autour du thème de la Mort

Quand j’ai débuté ce livre, de nombreuses références de séries télévisées me sont venues à l’esprit car elles me rappelaient l’intrigue principale.

Dead like me, tout d’abord, pour son humour grinçant et le regard désabusé des agents de la mort sur les humains. Ghostbuster et Buffy contre les vampires, avec une Amélia  badass, armée d’une faux à fantômes semblable à un aspirateur à spectres. Enfin, concernant l’organisation bureaucratique du siège de la Mort et ses scripteurs, j’ai cru revoir la série brésilienne Personne ne regarde (même si techniquement la série parle d’anges gardiens).

Passé ce tourbillon de références liés à la Grande Faucheuse sur petit écran (et là je réalise que j’en regarde vraiment beaucoup…), j’ai découvert un univers très riche autour de la Mort avec le roman de Justine Robin.

Ceci est lié à trois facteurs : la manière dont elle présente l’organisation de la Mort, l’explication sur la hiérarchie des âmes par Amélia et la réutilisation de multiples références au trépas dans différentes cultures.

Pour décortiquer un peu le fonctionnement de cette bureaucratie de la Mort, il s’agit d’un système pyramidal où chacun joue un rôle bien précis.

Au sommet, la Mort et ses frères, les cavaliers de l’Apocalypse (Peste, Guerre et Pestilence), accompagnés des nouveaux maux humains (ex : Crise, Pollution…). A ce sujet, l’auteur a su adapter les apocalypses aux nouveaux problèmes de notre époque et c’est très bien vu.

Viennent ensuite la Grande Faucheuse, gardienne de la faux de la Mort, qui mène les Petites Faucheuses en mission, pour récupérer des âmes égarées précises (criminels, suicidés, victimes innocentes…).

Ces Petites Faucheuses sont accompagnées d’un familier qu’elles ont choisi, afin de les aider dans leur travail : un Ankou. Il s’agit d’un humain ressuscité, asservi par un collier, et ayant la possibilité de prendre forme animale. La compétition est présente entre les Petites Faucheuses car celle qui récupère le plus d’âmes tous les 150 ans gagne un prix…puis remplace la Grande Faucheuse si elle enchaîne trois victoires successives.

L’ensemble de ce petit monde est régi par une bureaucratie, les scripteurs, qui leurs donnent les coordonnées des âmes à récupérer et le matériel de mission dont elles ont besoin. Cela ajoute un petit côté ridicule à l’organisation qui m’a beaucoup amusée.

Amélia nous détaille tout au long de l’histoire les différentes d’âmes qui existent, en  fonction de leur dangerosité, à la manière d’un Ghostbuster : tout d’abord les ectoplasmes ou Yûrei peu dangereux, puis les esprits frappeurs, les fantômes, et les plus dangereux, les Hantises… Un cours amusant sur ces êtres éthérés et leurs capacités d’attaque, qui ne vont ajouter du piquant aux rebondissements de l’intrigue principale.

Entre les aventures et l’explication des règles qui régissent ce monde, l’auteure glisse de temps en temps des références à la Mort issue de différentes cultures, enrichissant ainsi cet univers. Ainsi la réutilisation de l’Ankou, figure de la Mort Bretonne est mise à jour façon XXIème siècle : d’un vieillard avec une charrette, on passe à un jeune homme beau gosse à collier. Plus tard dans le récit, on évoquera El Dia de Los Muertos, le jour des morts au Mexique et ses origines réinventées, avec la figure féminine de la Mort et son aspect joyeux, etc…

Red Death et Black Rain : Je t’aime… moi non plus.

Passé les deux premiers chapitres, on se rend vite compte qu’ Amélia et Rain, les deux personnages principaux,  forment une sorte de couple déguisé sous couvert de leur relation Petite Faucheuse – Ankou.

Ils passent leur temps à se chamailler, comme un jeu de séduction un peu morbide. En effet, Rain est celui qui a assassiné Amélia et elle a choisi de lui faire payer son trépas en l’asservissant.

Cela occasionne des scène parfois drôles, parfois agaçantes, parfois à la limite d’une relation sado-masochiste…car Rain porte un collier contrôlé par Amélia qui lui occasionne des brûlures quand il n’obéit pas à ses ordres.

On comprend que leur relation n’est pas simple avec ce point de départ quelque peu biaisé. Cependant, on sent qu’ils tiennent à l’autre malgré tout.

J’ai personnellement peu apprécié cette relation pseudo-amoureuse, car je l’ai trouvée un peu cliché. Je vois bien venir l’idée qu’ils vont se mettre vraiment ensemble dans  le deuxième tome ou que l’un des deux va se sacrifier pour l’autre, révélant alors ses sentiments. Mais cela pourra plaire à certaines lectrices amatrice de ce genre de couple en littérature. N’oublions pas qu’il s’agit d’un roman Young Adult, où parfois ce type de relation torturée est présente.

Un roman court mais généreux en rebondissements

Le roman fait 284 pages… mais que d’aventures !

Alternant les points de vue entre Amélia et Rain, ce qui nous permet de voir une même situation sous plusieurs angles, l’histoire débute par l’arrivée d’Amélia dans le monde des Petites Faucheuses.

Comme je le disais au début de ma chronique, on découvre le fonctionnement du système de la Mort comme dans tout bon premier tome, mais après cela se corse…

Entre la compétition entre les Petites Faucheuses, les relations tendues entre Amélia et Rain, les missions enchaînées, on ne sait plus où donner de la tête… jusqu’à un événement majeur qui remet en cause ce système bien huilé.

Sans vouloir en dévoiler plus, je dirais que Rouge Sang et Noir Corbeau est un très bon tome d’exposition, qui fait plus que nous faire découvrir l’univers de Justine Robin. Il nous fait entrer directement dans l’action et nous invite à découvrir le second tome afin de résoudre toute cette histoire.

En conclusion : Justine Robin réussit ce tour de force incroyable de parler de la Mort avec humour et sensibilité,  sans tomber dans le morbide, à travers un univers riche et captivant. L’apprentie Faucheuse est un très bon roman Young Adult, riche en rebondissements qui ravira les amatrices de relations amoureuses complexes, tout comme les fans d’héroïnes au destin peu ordinaire.

Tu as envie d’en savoir plus sur l’Epreuve des Stratèges et de lire mes autres chroniques sur les livres lus pour ce challenge lecture ? Va dans la rubrique Lecture avec le Hashtag #Epreuvedesstratèges ou retourne sur mon article de jurée du PLIB #3 qui évoque ce défi. 😉

Publié dans Lectures

Eros Automaton, Clémence Godefroy, Les éditions du Chat Noir

Après avoir lu Les Héritiers d’Higashi, je me suis replongée dans le premier roman de Clémence Godefroy, plus steampunk, plus féministe. Une belle relecture qui m’a emmenée dans un Paris uchronique où l’amour repousse les limites de la machine…

Résumé : A Parisore, uchronie de Paris, se tient le Salon Galien d’Automatie au Parc des Expositions. Adélaïde Bouquet et Agathe Lepique participent au concours en présentant un automate féminin. Malheureusement, le concours est interrompu par un attentat mené par une organisation pro-humaine. Balthazar Bouquet, frère d’Adélaïde, est chargé de l’enquête. Adélaïde devient une célébrité dans le monde de l’automatie. Pendant ce temps, Agathe, couturière timide, est embauchée par le mystérieux Edgar Weyland passé maître dans la création des automates…

Mon avis :

Une vision féministe de la femme

Le roman nous plonge dans la vie de deux jeunes filles que tout oppose : Adélaïde, la rousse flamboyante au caractère bien trempé qui cherche à se faire une place dans un monde dominé par les hommes. Et Agathe, la brune effacée qui peine à s’émanciper du carcan familial et des bonnes moeurs pour vivre sa vie comme elle l’entend.

Cependant, malgré leurs différences, elles se retrouvent sur un point : toutes deux sont à la recherche d’un amour sincère et souhaitent éviter les pièges que peuvent leur tendre des soupirants un peu trop empressés comme Blaise Orloff, un séducteur invétéré.

Clémence Godefroy met en avant le statut de la femme tel qu’il était au début du siècle dans son uchronie : se marier ou travailler, respecter les codes de la bienséance ou les ignorer, suivre les choix de ses parents ou réaliser ses propres choix.

Quand les robots éprouvent des sentiments

L’intrigue est basée sur une uchronie où les robots imitent les humains presque à la perfection. Et ce n’est pas sans danger. L’idylle entre Lucien Rouault et l’automate Léonie laisse songeur. Au delà de son allure de poupée, l’automate éprouve ce qu’on pourrait appeler sentiments. Le créateur se laisserait-il berner par sa création ou lui échappe-t-elle?

On rejoint l’idée de l’homme créateur, l’homme qui se prend pour dieu en créant un être à son image. Mais Clémence Godefroy réussit à ne pas nous entraîner dans un nouveau Frankenstein. Les automates restent plus ou moins pacifistes. Ils sont curieux de l’homme et cherchent à le comprendre tout comme l’homme essaie de les comprendre.

On retrouve quelques similitudes avec les automates de Confessions d’un automate mangeur d’opium de Mathieu Gaborit et Fabrice Colin, mais sans le côté automate tueur.

Le terrorisme en filigramme

 Cependant, tous les hommes ne sont pas favorables aux automates. En découle une vague de terrorisme pour lutter contre le règne des machines, menée par un groupuscule pro-humain qui ressemble à certains égards à certains fanatiques religieux ou politiques actuels.

Ce roman montre la construction d’un mouvement terroriste engendré par la peur de la différence. A travers l’enquête de Balthazar Bouquet, on perçoit les rouages qui accélèrent la machine d’un petit parti politique d’opposition vers des attentats. Mais aussi, les conséquences directes sur les familles des membres ainsi que les stratégies des commanditaires qui ne sont pas forcément évidentes au départ.  Cela pousse à réfléchir sur notre actualité tout comme notre passé.

En conclusion : On plonge avec délices dans cette uchronie parisienne qui tire son épingle du jeu en mettant l’accent sur le féminisme et l’amour, plutôt que la guerre et les grosses mécaniques.

A noter : il est prévu une suite à ce roman intitulée Thanatos Automaton à paraître peut-être en 2020. Cela participera sans doute à la réédition du premier tome 😉

Publié dans Lectures

La fille qui tressait les nuages, Céline Chevet, éditions du Chat Noir

Grand gagnant du PLIB 2019, ce roman young adult a fait partie de ma sélection pour le Mini-Challenge de Noël du PLIB 2020, l’Epreuve des Stratèges, afin de valider la catégorie « Retour en arrière » du Menu Authentique. Fantastique, Japon et premiers émois adolescents sont à l’honneur dans cette enquête pour déterminer ce qui est arrivé à la petite soeur de Souichiro Sakai…

Résumé : Saitama-ken, Japon. Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets. Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la soeur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son coeur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai… Fable surréaliste, La Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Mon avis : 

Il a été difficile de réaliser cet article car je ne voulais pas vous dévoiler l’intrigue à travers mon analyse. Comme certains romans policiers, si vous connaissez le meurtrier, à quoi bon le lire ? Je me suis donc concentrée sur certains détails que j’ai apprécié pour vous apporter mon point de vue sur l’histoire. Cependant, mon besoin de questionner étant toujours là, j’ai réalisé une section spoiler en fin d’article que vous pourrez lire si vous le souhaitez. Elle sera signalée en amont pour éviter toute surprise. Bonne lecture !

Une plongée dans la culture japonaise… par une française !

Quand j’ai lu où se situait l’action du roman, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire… Saitama est une région située au nord de Tokyo et éloignée de tout : mer, montagne… il n’y a absolument rien à y faire. Cela m’a fait penser au film absurde Fly me to the Saitama (si vous avez du temps à perdre), qui vous explique pourquoi c’est le coin des péquenots. Je ne sais pas si l’auteure connaît ce film, ou la réputation de la région, mais cela a joué sur ma lecture. En effet, j’y ai vu dans l’ennui profond des personnages vis à vis de leur vie quotidienne un clin d’oeil à cet endroit.

Passé ce détail, j’ai retrouvé dans ce roman une ambiance de roman japonais à travers les thèmes abordés.

Par exemple, dès les premiers chapitres est évoqué un problème de racisme très présent au Japon, avec le personnage de Julian : le racisme envers les hafu, les métis japonais. Ces derniers sont considérés comme des japonais pas terminés par les japonais pur souche. Pour un roman qui se voulait au départ traiter des émois amoureux et d’un mystère, j’ai trouvé cela très fort et très intéressant.

Le deuxième sujet important du livre est lié aux morts. Raison pour laquelle Céline Chevet nous emmène dans les temples, les cimetières, les marchands de voeux et d’amulettes, les rites de purification. Ainsi, nous nous immergeons dans la culture japonaise du deuil avec Julian, face au décès de son premier amour. La nouvelle lui a causé un tel choc qu’il a réagi comme certains japonais : par l’oubli pur et simple des circonstances de sa mort. Cela suscite le mystère et donc l’enquête. Le roman va traiter également de la manière dont les proches de Julian essaient de l’aider à traverser ce deuil : Akiko va mener l’enquête, Souichiro va lui demander de l’oublier pour le protéger, la mère de Julian va accepter son côté rêveur…

Quelques thèmes connus en littérature japonaise et notamment dans les mangas sont présents dans ce roman, comme la relation interdite élève-professeur, la prédominance des chats, ou la fille invisible. Concernant ce dernier point, j’ai remarqué qu’Akiko incarnait la fille effacée par excellence, que l’on retrouve dans le film Le Royaume des Chats des Studios Ghibli. Cela pourrait faire référence au fait que le Japon est un pays qui ne prône pas l’individualité, mais le collectif au service du bien commun. Ceci dit, l’auteure va plus loin en conférant à ce personnage un statut proche du fantôme.

On sent dans tous les cas que Céline Chevet est fan du Japon et qu’elle nous invite à l’aimer nous aussi.

Les premiers émois adolescents vus par 4 ados différents

Le deuil et le mystère ne sont pas les seules problématiques abordées dans ce livre. Céline Chevet nous propose une étude de l’amour et du sexe à travers ses principaux protagonistes incarnant, chacun à leur manière, une manière d’aimer ou d’envisager les relations.

Il y a tout d’abord Akiko,  la jeune fille discrète, amoureuse de Julian mais qui n’ose pas lui dire. Elle est tellement timide qu’elle se fait oublier par tous et surtout Julian. Elle est vierge mais n’a pas de honte à aborder le sujet du sexe.

Julian incarne quant à lui le garçon fragile et rêveur, amoureux fou d’une morte. Il vit dans l’idéalisation de l’amour, sans son côté sexuel. Il est vierge et n’a toujours pas tourné la page de son amour perdu, malgré la présence d’Akiko et de Haru.

Souichiro est le garçon beau-gosse qui enchaîne les relations sexuelles avec des filles plus âgées sans s’attacher. Il souhaite une relation lui conciliant amour et sexe, ce qu’il va trouver mais à travers un amour interdit.

Enfin, Haru représente la jeune fille provocatrice, consciente de l’effet de son corps sur les garçons. Elle aimerait que Julian aille plus loin avec elle mais il s’y refuse. Elle est pourtant amoureuse de lui malgré ses provocations et moqueries.

Les relations amoureuses et sexuelles vont s’entremêler subtilement dans le récit avec le mystère de la soeur disparue, transformant l’histoire en récit d’initiation. Surmonter le deuil, c’est aussi vivre, se lier aux gens et donc aimer. Seul un personnage réussira le passage vers la vie adulte, mais ce ne sera pas sans heurts, car la transformation en adulte suppose l’abandon de ses illusions.

Un roman-enquête oscillant entre le rêve et le fantastique

L’histoire, semblable à un thriller est pleine de rebondissements. Quand on penserez avoir compris ce qu’il s’est passé, une petite phrase fera tout basculer et vous remettrez tout ce que vous aviez lu jusque là en perspective. L’auteure est très douée pour ménager son suspense.

Pour en arriver jusque là, il vous faudra suivre l’enquête vue à travers le regard de Akiko, Julian et Souichiro, qui chacun à leur manière, apporteront des éléments à l’enquête. Mais méfiez-vous !  Julian est rêveur, Akiko invisible, et Souichiro a des choses à cacher…

Des épisodes seront particulièrement difficiles à lire, faisant basculer le récit dans l’horreur. Si vous êtes une âme sensible, vous serez prévenu !

A côté du roman policier, quelques éléments viennent apporter une touche de poésie ou de fantastique à cette histoire.

J’ai noté la présence d’objets en apparence anodins, comme tirés des romans de Haruki Murakami, mais qui ont une importance : les morceaux de sucre collectionnés par Akiko, la pièce de 5 yens voyageuse de Souichiro, l’amulette de la soeur de Souichiro, Haru qui tresse des nuages avec ses baguettes… Ils apportent une touche incongrue, un je ne sais quoi au récit. Et jusqu’au bout, on ne sait pas pourquoi on s’y accroche, mais on y repense jusqu’à leur trouver parfois un lien, une connexion avec l’intrigue principale.

A côté de cela, les personnages ont tendance à exprimer leurs émotions par des couleurs, ce qui renforce ce côté poétique. La couverture du livre évoque parfaitement ces tonalités qui nous enveloppent, passées les premières pages.

Enfin, la fin du roman m’a laissée perplexe : et si tout ceci n’avait été qu’un rêve éveillé de l’un des personnages ? Cela a-t-il vraiment eu lieu ?

En conclusion : La fille qui tressait les nuages est un très bon roman à suspense qui m’a fait réfléchir sur la société japonaise, le deuil et les histoires d’amours. C’est aussi une histoire qui vous emmènera tantôt vers des chimères poétiques, tantôt vers des cauchemars effrayants.

.

.

.

.

.

PARTIE SPOILERS ( A ne lire que si vous avez déjà lu le roman, pour étayer votre réflexion)

Je vais revenir sur deux points que je trouve formidables dans cette histoire, et cela en sera fini de cette article (enfin !).

Le fait que Akiko et Haru soient présentées en opposition par l’auteure est tout simplement génial car cela nous donne un indice subtil sur ce qu’est Haru réellement. Haru est un vrai fantôme, mais elle semble plus réelle aux yeux de Julian qu’Akiko. De son côté, Akiko est considérée par tous comme inexistante. Même sa famille l’oublie, c’est dire ! J’aurais dû voir venir qu’Haru était un fantôme mais je me suis laissée prendre à ce piège très ironique !

Pour terminer, je reste encore sur des suppositions concernant la fin de cette histoire. Julian a-t-il rêvé ce qui est arrivé ? Souichiro est-il vraiment à Paris ? Akiko est-elle décédée dans la maison de famille des Sakai (Julian l’aurait enfermé dans la cave). Le morceau de sucre au fond de la poche de Julian lui rappelle bien quelque chose…mais quoi ? On dirait qu’il a complètement oublié Akiko après avoir libéré l’esprit d’Haru. Restent des suppositions, comme dans Inception, avec la fameuse toupie qui tourne, tourne, tourne…sans que l’on sache si tout ceci était vrai ou non.

 

Si vous souhaitez retrouver les chroniques des autres livres du Challenge de L’Epreuve des Stratèges, je vous invite à relire mon article sur le sujet dans la rubrique « On joue« . Je vais poster un lien sous chaque livre évoqué dans le défi pour vous renvoyer vers sa critique. 😉

Couchers de soleil et Onigiri,

A. Chatterton

 

 

 

Publié dans Lectures

L’échiquier de jade, Alex Evans, Editions ActuSF

Suite directe de Sorcières Associées du même auteur, L’échiquier de Jade a longtemps attendu dans ma PAL avant de trouver pour moi la bonne occasion de le lire. C’est dans le cadre du mini-challenge de Noël organisé par le PLIB que j’ai pu le ressortir, afin d’en apprécier toute sa saveur en cette période de fêtes. Voici venir une nouvelle aventure de Tanit et Padmé, sorcières à Jarta, la Cité où l’argent règne en maître et où la magie est imprévisible…

Résumé : Retour dans la cité de Jarta. La ville est en pleine ébullition. Les manifestations des opposants à la visite de l’ambassadrice d’un Empire fermé et agressif provoquent de sérieux remous. Dans le même temps, tous les sorciers de la ville sont réquisitionnés pour combattre un démon qui a dévoré deux personnes. Résultat, les forces de l’ordre confient deux nouvelles enquêtes aux sorcières Tanit et Padmé, et notamment le vol d’un antique échiquier en jade que la ville comptait offrir en cadeau à l’ambassadrice. L’incident diplomatique n’est pas loin…

Mon avis :

Où l’on en apprend plus sur nos sorcières préférées

Alex Evans profite de ce deuxième tome pour approfondir la psychologie de ses personnages et nous présenter, grâce à quelques chapitres, des événements de leur passé.

On découvre alors une histoire où la jeune Tanit, tumultueuse espionne, est propulsée dans une île dangereuse auprès de militaires. Quant à Padmé, enfant sage terrorisée par ses pouvoirs incontrôlables, elle est envoyée en pension chez une tante folle par sa riche famille.

Par ailleurs, ces épisodes participent à faire avancer l’intrigue et à comprendre les réactions des deux sorcières dans le présent : Tanit tient en haute estime l’honneur des espions et a développé un fort caractère après un passage dans l’armée et une enfance d’étrangère mal intégrée. De son côté, Padmé se méfie de la politique et cherche à protéger son statut de magicienne en créant une ligue, après son séjour chez sa tante.

Sur ce tome, il m’a semblé que les deux personnages principaux prenaient plus de relief et, contrairement au premier tome ( Sorcières Associées), faisaient entendre leurs voix de manière distincte.

Une enquête aux multiples rebondissements

L’auteure alterne les points de vue d’un chapitre à un autre, ce qui permet à la fois de rythmer le récit, mais aussi d’inviter le lecteur à participer à l’enquête. Celui-ci récupère les indices par les deux magiciennes, qui elles, n’ont pas forcément le temps de se voir pour faire des mises au point.

Cette enquête est plus complexe dans le précédent roman. J’ai trouvé que cela lui apportait du sérieux, pour un récit qui se veut au départ léger et amusant.

L’auteure nous ballade pas mal entre plusieurs intrigues, mais ce n’est jamais sans raison. Tout finira par se rejoindre, même si trouver le coupable dès le début n’est pas gagné.

Pour vous donner une idée de la multitude des rebondissements, j’ai compté une apparition de monstre,  un vol d’objet précieux, une escroquerie liée à la voyance, le retour d’une secte intégriste anti-magie, et la création d’un service de protection rapprochée afin de lutter contre les attentats magiques.

J’ai ressenti une réelle évolution du style de l’auteure dans ce second tome au niveau du genre policier, et cela a été très plaisant à découvrir.

Une réflexion sur la magie alliée à la politique

La principale intrigue, le vol d’un échiquier de Jade, mêle les sorcières à un enjeu politique avec la venue d’une ambassadrice étrangère. L’échiquier est un cadeau destiné à celle-ci en vue d’accords commerciaux. Tout tourne autour de cet enjeu politique qui met la police et les autorités sur les dents. Avec l’attentat du début,  Padmé est plusieurs fois réticente à travailler pour eux gratuitement, même si elle a le souci de protéger la cité. Comme elle le dit : « travailler gratuitement dans une cité où le dieu fondateur est l’argent équivaut à une insulte ».

La manière dont la police traite les magiciens est très démonstrative du comportement de la population à leur égard : ils sont très utiles quand il y a besoin, mais restent craints ou mal-vus. Face à la magie, les policiers sont désarçonnés et n’ont aucun outil pour la comprendre. Cependant, comme elle existe, il faut bien essayer de trouver une solution et donc de trouver des gens compétents pour régler les problèmes qu’elle cause.

La volonté de créer une ligue ou une confrérie de magie pour donner du poids au statut de sorcier prend alors tout son sens. Mais cela s’avère un enjeu complexe car les concernés sont très centrés sur leurs besoins personnels et peu soucieux d’aider les autres.

L’épisode avec la tante de Padmé rappelle les réquisitions de scientifiques par les militaires en vue de développer des projets destinés à une guerre en cours.

De là considérer les sorciers comme des anciens scientifiques, il n’y a qu’un pas…

Quelques bémols :

Si la lecture de ce livre a été très plaisante et palpitante, j’ai trouvé que l’univers cosmopolite, inspiré par les voyages de l’auteure, est un peu brouillon. J’ai éprouvé des difficultés à retenir les noms des différents pays, coutumes, manière de s’habiller, ou comprendre les corrélations possibles avec la réalité. Cela dit, Jarta et ses environs est un monde très riche, et les clins d’oeils de sa créatrice concernant ses autres livres me font toujours sourire. Par exemple, en début de roman, Padmé évoque un incident avec un Tigre-brouillard invoqué accidentellement via un artefact magique. C’est une des intrigues de La Machine de Léandre.

Par ailleurs, j’ai été un peu déçue que les idylles amoureuses des deux amies soient survolées en fin de roman. Padmé retrouve en effet son capitaine et Tanit son espion, qui les aideront à terminer les enquêtes. J’aurais aimé en lire un peu plus sur le sujet. Peut-être dans un autre tome ?

En conclusion : J’ai beaucoup aimé cette enquête complexe qui permet d’aborder un peu plus la psychologie de ses personnages principaux et d’apporter un questionnement plus profond sur l’utilisation de la magie, de la politique, voire de la science dans l’univers d’Alex Evans. A quand une nouvelle aventure du cabinet Sorcières et associées ?

Si vous souhaitez retrouver les chroniques des autres livres du Challenge de L’Epreuve des Stratèges, je vous invite à relire mon article sur le sujet dans la rubrique « On joue« . Je vais poster un lien sous chaque livre évoqué dans le défi pour vous renvoyer vers sa critique. 😉